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École doctorale : les thésards burundais en manque de financement pour les travaux de recherche

13 décembre 2019, Jean Paul Nuwacu défendait avec succès sa thèse de doctorat en Mathématiques à l’Université du Burundi (UB). Des images historiques qui ont fait le buzz sur les réseaux sociaux. Le quadragénaire fut le premier doctorant de la Faculté des Sciences à défendre une thèse doctorale malgré …

Il est 16h au campus Mutanga. Comme à l’accoutumée, il est calme dans cette partie de l’université, réservée à la Faculté des Sciences. Les étudiants sont encore dans les auditoires. En suivant à la lettre les instructions reçues pour retrouver le bureau de Nuwacu, nous nous retrouvons devant l’un des nouveaux amphithéâtres de l’UB.  Du haut de l’étage du bâtiment, une voix : « Après l’interview, vous m’offrez une bière à votre tour ? » Nous taquinera d’un air jovial, l’homme au gabarit imposant. C’est dans un style décontracté qu’il va nous accueillir dans son bureau qu’il partage avec deux de ses collègues. D’amples connaissances, et voilà, c’est parti !

C’est en 2004 qu’il rejoint l’UB. Inscrit dans la faculté des Sciences, section Polytechnique, Nuwacu est orienté plus tard en Mathématiques. Durant les deux premières années, le lion n’a pas encore sorti ses griffes. C’est un étudiant ordinaire. Il se raconte : « Les deux années des candidatures, l’étudiant semble ne pas savoir ce qu’il veut. Il va se démarquer dans les licences. Après la défense de la thèse de mémoire, il est proclamé Licencié en Sciences Mathématiques avec mention Distinction, après plusieurs années sans telle mention dans le Département. »

Le jour suivant, Nuwacu recevait l’offre d’enseigner au Lycée Vugizo où il prestera de 2009 à 2011, avant d’être appelé par l’Université du Burundi pour occuper le poste d’assistant. En 2013, il obtient une bourse de maîtrise à la prestigieuse Université de Sherbrooke, Québec (Canada).

2015 et ses effets pervers

Alors qu’il aurait aimé enchaîner avec le doctorat, la crise de 2015 ne facilitera pas ses rêves. « Peu de bourses acceptaient de financer les étudiants burundais. En attendant que la situation se débloque, j’ai continué à prester à l’Université du Burundi tout en continuant de travailler sur ce qui aurait été mon projet de recherche en doctorat. En 2017, l’école doctorale est créée. Je postule comme tout le monde. Je suis retenu dans la 1ère cohorte de 45 étudiants issus de 33 domaines différents. »

A l’école doctorale, la vie n’aura pas toujours été rose. « Mes travaux de recherche, je les ai faits sans aucun financement, comme la majorité de ma promotion. Notre plus grand souci. Par exemple, la publication d’un article dans un journal indexé, comme l’exige le règlement de l’école doctorale, peut coûter plus de 900 dollars. En plus de la collecte des données qui peut coûter aussi les yeux de la tête. Nombreux sont ceux qui interrompent de temps en temps les recherches pour travailler, surtout qu’ils ont également des familles à nourrir. »

Et son souhait ? « Comme tous nos précurseurs, nous aimerions que notre contribution soit éternelle mais aussi universelle, tant en sciences que dans la vie courante. En mathématiques, nous fabriquons des objets utiles pour les sciences pures et appliqués, mais aussi utiles pour les autres domaines comme l’économie, l’ingénierie la médecine, le traitement d’images, etc. ’autres chercheurs du monde entier utiliseront aussi nos publications pour aboutir à d’autres résultats. »

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