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Economie

Les tontines : la clé pour impulser l’inclusion financière de la femme rurale burundaise ?

La possibilité pour la femme burundaise d’accéder aux produits du circuit financier formel reste faible. A la faveur de cette situation naissent des groupements subversifs d’épargne et de crédit en dehors du circuit bancaire au niveau communautaire

Si la journée internationale des droits de la femme, célébrée chaque 8 mars de l’année, nous rappelle l’importance de l’autonomisation de la femme dans la société. Au Burundi, le constat à l’heure actuelle est que le chemin est encore long et sinueux pour atteindre cet objectif.

Selon le rapport de la BRB de 2018‚ seules 33% des femmes recouraient à des services d’épargne et 30% aux services de crédit alors que le taux d’inclusion financière général culminait à 20‚88%. Cela malgré différentes initiatives du gouvernement et des ONG pour booster l’inclusion financière de la femme.

Des contraintes culturelles et sociales perdurent à l’encontre des femmes et continuent d’entraver leur très fort potentiel économique. Étant donné que la loi successorale demeure coutumière, l’accès à la terre par la femme surtout rurale reste très limité.

Dans de nombreux ménages, beaucoup de filles/femmes ne peuvent pas hériter des richesses de leurs familles/conjoints ou bien certaines exploitent la terre sans pouvoir vendre ou tirer profit de cette terre ou de la récolte comme on peut le voir à lumière du Recensement général de la population et de l’habitat 2008 : parmi les 90% des Burundais qui sont des agriculteurs, 80.2% d’entre eux ont accès à la terre dont 62.5% sont des hommes et seulement 17.7% des femmes.  

Par-là, des questions se dégagent : comment est-ce que la femme va-t-elle facilement contracter un crédit alors qu’elle est privée de la garantie que constitue que la parcelle ? Ou bien comment va-t-elle réussir alors qu’elle n’a pas le droit de vendre sa récolte ou les bétails ? Possèdent-elles des formations ou des informations sur la nécessité de leur inclusion financière, qui peut être source de leur autonomie financière ?

La finance informelle comme solution

Par la finance informelle, l’on doit entendre toutes les transactions financières (emprunts et dépôts) qui ne sont pas réglementées par une autorité monétaire centrale ou par un marché financier central.

Ma petite descente au nord-ouest du pays, plus précisément en province de Cibitoke, m’a permis de découvrir des méthodes auxquelles les femmes de cette localité ont adopté comme solutions palliatives par rapport aux problématiques liées à leur inclusion financière.

Leur association d’épargne et de crédit en tant que femmes opérant dans le petit commerce leur a permis de se regrouper afin d’accroitre leur potentiel économique. Alice N., est une femme qui vend du riz au marché de Cibitoke.  Elle fait savoir qu’elle s’est associée avec 20 autres femmes pour pouvoir épargner et avoir des crédits ensemble.

La pratique consiste à mettre les cotisations ensemble à chaque rencontre, une fois par mois, selon les moyens financiers de chacun. Une part de ces cotisations est mise de côté pour servir dans les activités sociales. « Souvent 1000 Fbu selon les modalités, qui constitue de l’aide en cas des aléas de la vie survenus à un membre », ajoute cette mère de 2 enfants

Quid des avantages de ces regroupements ?

Pour Alice, ce mode est plutôt salutaire, car explique-t-elle, il permet de constituer une épargne et de bénéficier d’un crédit en dehors du système bancaire à un taux d’intérêt minime, moins de 10%, remboursable le plus souvent en 3 mois tout en permettant de faire face à des aléas tels que le décès, la maladie et l’hospitalisation.

A noter l’émulation chez les pairs masculins car ces types de groupements composés surtout des femmes émergent également chez les hommes dans cette province de Cibitoke. Égide. H, un fonctionnaire de l’Etat témoigne : « Si je veux investir dans une activité génératrice de revenus, je n’hésite pas de contracter un crédit sans hypothèque dans notre association, ce qui permet d’être stable économiquement. »

La commerçante Alice, indique également qu’à la fin de l’année, les membres du groupe se partagent les intérêts perçus tout au long de l’année.

Les défis relatifs à cette pratique

Selon Alice, le plus grand défi de ces groupements est la confiance. Même si chaque association a des instances dirigeantes chargées de faire régner l’ordre, notamment le (la) présidente et le (la) trésorier(e), il faut noter que le manque de statut de ces associations, conduit le plus souvent à quelques litiges entre les membres comme Alice le témoigne : « Il arrive souvent qu’un membre qui a contracté un crédit comme il n’a rien hypothéqué, refuse de rembourser et dans ce cas, il entrave la bonne marche de toute l’association », regrette-t-elle.

Pour elle, cela crée souvent des conflits entre les membres, qui, dans des certains cas, peuvent saisir la justice pour régler ces différends. Alice indique également que certains disparaissent dans les pays limitrophes après avoir empoché de l’argent de l’association. Dans ce cas, précise-t-elle, aucun recours n’est possible. Malgré tout, le nombre de ceux qui font recours à ces formes de regroupements locaux d’épargne et de crédit ne cesse d’augmenter comme on l’a d’ailleurs constaté sur terrain.

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