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Dans nos coopératives

Le thé Cultivé plus par habitude que par intérêt

Un champ de thé dans la region de Mugamba (Bururi)/DR

Au sud du pays, le thé, l’une des sources des devises au Burundi, est en perte de vitesse à cause de son prix bas sur le marché. Malgré la sensibilisation, l’engouement ne suit pas chez des cultivateurs qui l’ont abandonné à la faveur d’autres cultures jugées plus rentables. Les quelques membres des coopératives qui s’y accrochent espèrent un geste de la part de l’Etat. Cap sur Bururi

Malgré leur présence dans les coopératives de production du thé, les cultivateurs sont dépités et n’attendent plus grand-chose de la culture. Et pour cause, il ne paie pas bien: « Certains s’y accrochent par habitude, d’autres par manque de choix. » Pour eux, seuls les grands exportateurs gagnent de l’argent:

« L’Etat ne cesse de nous féliciter pour la qualité de notre production, mais le cultivateur, lui, ne gagne presque rien ! », s’est plaint l’un des membres de la coopérative AbakerakiviTora en commune Mugamba de la province Bururi, en pleine réunion.

Et de s’expliquer : « Au petit matin, un cultivateur de thé brave le froid, la pluie, se sacrifie pour cette culture pour au final ne recevoir que 250Fbu pour un kg de feuille de thé. Mais que dis-je, c’est 200 Fbu puisque les 50Fbu sont réquisitionnés pour payer l’engrais. Imaginez 200Fbu, une somme qui ne paie même pas la farine de manioc. Comment arriver à nourrir nos familles. » 

Les plaintes se justifient-elles?

Le thé passe 12 mois dans des pépinières avant la mise en terre et 3 ans de croissance. La récolte n’intervient qu’à la 4ème année. Pendant tout ce temps, le cultivateur y met du sien non seulement en termes d’effort physique mais également de moyens. Recevoir 250Fbu pour un kg de feuille de thé est l’autre raison est sa productivité et sa durée. Une fois atteint sa croissance et la période de récolte, le plant ne cesse de donner des feuilles même pendant la saison sèche. L’autre avantage est l’accès au crédit, relativement plus facile pour les membres de ces organisations.

Vivifier les plantations abandonnées, objectif de la coopérative Abakerakivi-Tora

C’est une nouvelle coopérative qui regroupe 28 associations de cultivateurs de thé. Elle a été enregistrée à l’ANACOOP fin 2020. Son président, Lionel Minani, indique que la raison de sa création est de trouver un canal d’expression pour les cultivateurs de thé et ainsi amorcer leur développement. « Cet objectif n’est possible que si nous nous regroupons, car l’union fait la force. » 

Au début, cette coopérative comptait 56 membres, mais actuellement elle en compte 102 dont 24 femmes et 12 jeunes. La première condition pour l’adhésion est d’être un cultivateur de thé et de contribuer en capital. « Nous avons rassemblé au début 1.200.000Fbu, chaque membre versait 20 mille Fbu pour l’adhésion. » A quoi sert ce capital ? Lionel Minani confie que ce capital a permis l’ouverture d’un compte épargne à la MUTEC et la mise en place d’une boutique de la coopérative dans un espace prêté par l’OTB Tora pour gagner autrement de l’argent. Et Jean Marie Niyondiko, moniteur agricole de la coopérative, et d’ajouter que « le rêve est de disposer dans le futur des plantations de qualité pour augmenter la production et ainsi acheter un véhicule pour la collecte des feuilles de thé, créer une caisse d’épargne et de crédit, etc.

Les membres de cette coopérative sont donc soudés par une même vision : celle de se développer, d’avoir un canal d’expression, de voir cette filière soutenue par l’Etat à sa juste valeur, d’avoir des formations et des outils pour augmenter la production du thé, d’avoir des fonds auprès des bailleurs, … Peut-on espérer que l’Etat hausse le prix du kg des feuilles de thé pour bientôt ? En attendant, les membres de la coopérative Abakerakivi-Tora comptent rester au travail … 

Le Burundi produit autour de 11 tonnes de thé chaque année. C’est-à-dire au moins 60 tonnes de feuilles de thé puisque 5 kg de feuilles de thé donnent 1 kg de thé. Au siège du marché international de thé basé à Mombasa au Kenya, le Burundi vient en 2ème position des 9 pays de la région exportateurs d’un thé de qualité. 1 kg de thé transformé y est acheté à 3 dollars américains (c’est à dire 5.800Fbu au taux de change officiel de la BRB). 

Pendant ce temps, le cultivateur perçoit 250Fbu pour un kg de feuilles de thé. Pour 5 kg de feuilles de thé qui donnent 1 kg de thé transformé vendu par l’OTB pour 3 dollars américains, le cultivateur en perçoit 1.250Fbu. Il perçoit également 70Fbu pour un kilo de feuilles de thé à la fin de l’année au regard des fluctuations sur le marché international – Entretien avec le Service chargé de la qualité à l’OTB. 

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