Jimbere

Kirundi French English
Société

Souffrir pour être belle mais jusqu’où ?

C’est universellement connu, être élégant a un prix. Mais, faut-il s’infliger de la peine pour plaire à tout le monde, à tout prix? Pour la psychologue Christine Nkunzimana, il faut plutôt essayer de vivre émancipé du regard d’autrui.

La plupart des gens, le plus souvent les femmes, trouvent un certain plaisir à se « faire beau ».  Que mon propos soit clair dès le départ, même si bon nombre de gens pourraient considérer cela comme de la coquetterie, mon objectif n’est pas de rabaisser ceux ou celles qui font recours à tout le répertoire des atours possibles pour se faire beau ou belle. Vouloir plaire, c’est tout à fait normal. Mais cela a pourtant ses revers, si ça devient trop. 

Cheveux tressés ou tirés à quatre épingles, visage retravaillé, bijoux au cou et aux poignets, hauts talons et tout le tralala, voilà la belle dame qui sort de chez elle, toute apprêtée et pamponée. Le soir venu, la même dame qui rentre, toute fatiguée, des courbatures au dos, des ampoules aux pieds, le visage plus si frais… vous lui demandez pourquoi elle s’inflige tout cela et elle répond simplement : « Gushaza ni gushinyiriza ». Rengaine courante dans la bouche des Burundais mais qui est au fait universelle.

En Chine du Xe siècle par exemple,  une pratique appelée « les pieds bandés » était synonyme de beauté et d’élégance pour bon nombre de Chinoises. Le bandage de pieds commençait dès le jeune âge (entre 5 et 6 ans) et consistait à tremper les pieds des petites filles dans de l’eau chaude et des herbes médicinales, ensuite à replier les orteils – sauf le gros – contre la plante du pied, à les bander fermement et à les laisser dans cette position 24h sur 24, dans le but d’atteindre environ une taille de 7,5 cm. Ainsi, la forme que prendraient les pieds était censée représenter un bouton de lotus. Une pratique très courante mais qui faisait beaucoup souffrir. 

Pourquoi cette mentalité ? se demande-t-on. Pourquoi s’infliger de telles souffrances ? Certains diraient que cela fait partie des coutumes, d’autres diraient que la vie est ainsi faite et tant d’autres justifications…                                                                                                                                                           

Pourquoi ressent-on le besoin de « se faire beau » ?

« Prenons l’exemple des femmes, celles qui sont trop dans la surenchère en s’infligeant la fatigue des hauts talons, la gêne des produits de maquillage,… le font pour combler un vide en elles, le sentiment d’être incomplètes. Et pour ce faire, elles sont prêtes à endurer des gênes, des souffrances et vont même jusqu’à se faire refaire certaines parties du corps (la chirurgie plastique) pour rentrer dans les soi-disant normes ou standards de beauté qu’elles prennent pour modèles », éclaire Christine Nkunzimana, psychologue.

« Ou bien,fait-elle toujours remarquer, assez souvent, les femmes se font belles pour attirer les regards, notamment ceux des hommes. Cela, en apparence assez innocent, peut être grave chez quelques femmes, qui auront tendance à aller toujours plus loin pour se faire remarquer, être constamment en compétition avec leurs consœurs pour être la plus jolie, tout cela rien que pour attirer l’attention. Par ailleurs, nuance-t-elle, cela est aussi observable chez les hommes : ceux-ci font de leur mieux pour être bien présentables.  Sans oublier que cette souffrance n’est pas que physique. Elle est aussi financière quand elle s’exprime par de fortes dépenses, ou encore en terme de temps utilisé pour se faire beau. »

Pour la psychologue, même si le besoin de plaire est inhérent à l’homme, l’on ne devrait pas oublier que le naturel est notre vrai visage : « Chacun devrait être fier de son apparence et personne ne devrait s’infliger la peine de vouloir plaire à tout prix. Car à force de chercher à plaire à tout le monde, on finit par perdre notre propre identité, notre propre personnalité.»

Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

To Top