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Pudeur burundaise exige…

En province, on s’accorde souvent à dire que « tout le monde connaît au moins une cousine, ou une voisine, ou l’amie d’une amie qui a déjà eu recours à ce fameux procédé »… Pour le reste, shuuut!

Lycée Kayanza, les cours prennent fin. Tout doucement, les élèves se dirigent vers les dortoirs, ils n’ont pas l’air pressé. Aussi, ils se laissent facilement tenter par une discussion, avec ces jeunes « visiteurs de Bujumbura ». Point de formalités, nous y allons franco: « Avez-vous déjà entendu parler de kwidélibéra ici? » – Silence: « Vous dites? », ose demander un garçon. C’est Brian, il est en  2ème année en informatique de gestion.

Rire général. Notre question amuse. – Comment osons – nous! « Huuum non, cela n’existe pas ici. », fait savoir Brian, conforté par  les rires de ses pairs. Nous ne sommes pas là par hasard. Pour la petite histoire, le lycée en question est surnommé « Ntahodereye« , qui veut dire littéralement « L’endroit de perdition ». Clair que ce n’est pas pour des anges qui fréquenteraient l’établissement. Non.

Dans cet internat mixte, il paraîtrait que les élèves passaient plus de temps à se bécoter qu’à réviser leurs cours. Aussi, souvent à la fin de l’année, les jeunes filles revenaient à la maison, avec en bonus, un petit bidou tout rond et bien rempli.

Mais ça, « c’était avant », jure Lyduine N., 16 ans, élève en seconde lettres modernes. « Nous n’avons aucun cas de kwidélibéra. Cela a pu exister à l’époque mais aujourd’hui, il est difficile de le savoir car nous n’avons aucune plainte », renchérit le Directeur Juvénal Mbonihankuye.

« Cela existe même si on n’en parle pas »

« J’ai dû refaire mon année en première médecine car j’avais refusé de coucher avec le professeur », confie A.R, étudiante dans une université au nord du Burundi. Et son cas est loin d’être le seul, fait savoir la jeune fille. « Ce professeur était connu et par la direction et par les étudiants pour ses propositions indécentes. Mais il n’a jamais été inquiété par l’université ».

A Gitega, dans une école secondaire privée, les élèves nous expliquent quant à eux, que même si des cas comme ça ne manquent pas, il est impossible de le prouver, cela étant fait dans le secret total.  » La seule chose qui étonne, c’est quand un élève qui n’a pas brillé par son intelligence tout au long de l’année, se retrouve dans les premiers de classe, à la fin de l’année. »

Du Nord au Sud, en passant par le centre, le phénomène est tu. Ce n’est un secret pour personne, mais on préfère dire que « chez nous, ça n’existe pas »,  faute de preuves. En attendant, la fin de l’année scolaire approche, et son lot de délibérations ou kwidélibéra.

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