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Psy et entrepreneure, Nina se bat pour l’autonomisation des jeunes à Karusi

Nina Ininahazwe, une jeune psychologue, a créé une association qui s’occupe de la décoration traditionnelle à Karusi grâce à différents objets artisanaux. Cette association fait des prouesses…

En 2018, après avoir obtenu son diplôme dans la Faculté de Psychologie à l’Université du Burundi, Nina Ininahazwe, 32 ans, préfère retourner à la campagne. Chose rare chez les jeunes lauréats qui préfèrent rester en « ville » où il y’a plus d’« opportunités ». Dans sa tête, Nina croit qu’elle trouvera un emploi dans sa province natale. Que nenni. Rester les bras croisés, niet ! Autant faire du bénévolat au Centre pour la Paix et le Développement de Karusi. 

Là-bas, elle passe ses journées à écouter et à parler à ses patients : une prise en charge psychosociale, dit-on. Dans ses séances d’écoute, les rideaux tombent autant que les secrets. Avec Nina, les visiteurs partagent facilement leurs soucis, dans un pays où aller voir le psychologue n’est pas du tout évident. Parmi ses patients, des jeunes filles diplômées encore au chômage. Elles lui partagent les galères du quotidien. « Vos études n’étaient qu’une perte de temps. Toujours à demander quoi que ce soit, même l’argent pour le Cotex. » Que ce soit à la maison, ou dans l’entourage, elles sont pointées du doigt. 

La brave Nina décide alors de faire quelque chose : « A ce stade, les mots ne suffisaient pas. Je devais passer à l’action », se rappelle-t-elle. « Je leur ai proposé de nous rencontrer une fois la semaine, pour discuter toutes ensemble et trouver une solution commune. » Ces discussions vont aboutir à la création de l’Ijefichame (Initiative des Jeunes Filles pour le Changement de Mentalité). Avec cette initiative, les jeunes filles décident de prendre leur avenir en mains, en se lançant dans des activités génératrices de revenus avec la fabrication d’objets d’art. 

Au début, l’association compte 15 membres. Puis l’idée a été largement partagée dans la localité. Les membres sont passés à 21 : en plus des jeunes filles, 6 garçons s’ajoutent à l’initiative. Chacun contribue 5.000 Fbu pour avoir le capital de départ. La suite ? « Aujourd’hui, si j’essaie d’estimer, mensuellement notre association se fait au moins 100.000 Fbu. Nous vendons des paniers, des corbeilles, des habits et tissus tricotés et biens d’autres articles. Et comme, il n’est pas encore temps de partager le gain, nous appuyons les membres en de petites dépenses régulières comme l’achat des serviettes hygiéniques. Heureusement nous avons commencé à en fabriquer nous-mêmes, des pièces réutilisables », confie la jeune entrepreneure. 

A part la fabrication des produits artisanaux, leur activité consiste à s’occuper du décor dans les fêtes, ou même le décor intérieur des maisons. « Quand il s’agit de travailler, nous participons tous, filles et garçons », tient-elle à préciser. Par ailleurs, l’association reste un bon cadre d’échange, de partage et de découverte de soi. « Par exemple, si quelqu’un a un talent ou une compétence qui n’exige pas le passage sur le banc de l’école, avec cet exercice, il devient facile de le partager avec les autres. » 

Convaincue que la finalité de l’association est plutôt de créer plus d’emplois possibles, Nina indique qu’aujourd’hui l’urgence est de renfoncer le capital par une collecte de fonds dans la province pour agrandir le projet. « Nous avons commencé à fabriquer “Kamanyera”, une nouvelle marque de pagnes. Avec ce produit, nous sommes dans le processus de nous constituer en coopérative pour gagner plus d’argent. Bientôt, les choses doivent changer, spectaculairement. C’est notre objectif. » Quelle vocation ! 

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