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Pourquoi le taux de pénétration à l’assurance incendie reste relativement faible

Les statistiques de l’Agence de régulation et de contrôle des assurances (ARCA) font froid dans le dos. Son rapport sur le secteur d’assurance au cours de l’exercice 2020 indique que la part des primes émises pour la catégorie « Incendie et autres dommages » est de seulement  14,40% malgré les incendies de plus en plus fréquents qui ne cessent de ravager des infrastructures publiques et privées…

Les exemples sont légions : des appartements, des maisons d’habitation, des bistrots, des marchés,etc consumés par les incendies. Après le triste et très marquant incendie du marché central de Bujumbura en 2013, plusieurs marchés publics à travers le pays, ont pris feu et des quantités considérables de marchandises consumées.

Des pertes énormes pour l’économie nationale. Ceux qui n’avaient pas fait assurer leurs marchandises sont dans la désolation. Annonciate, une mère rencontrée en mairie de Bujumbura, est une victime d’un accident lié à l’incendie qui a ravagé le marché central de Kamenge en 2020.

Elle avait une échoppe où elle vendait divers articles ménagers, mais la pauvre n’avait pas fait assurer ses marchandises. Par conséquent, elle s’est retrouvée dans la misère qui l’a poussée à contracter des crédits à gauche et à droite pour survivre et subvenir aux besoins de sa famille. «Je vis une situation d’instabilité financière alors que j’avais quoi faire vivre mon foyer », précise la quadragénaire. 

Le faible pouvoir d’achat, le facteur limitant

Plusieurs personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenus ont insisté sur le fait qu’ils ne sont pas à mesure de payer les produits d’assurance alors qu’ils sont presque dans l’incapacité de couvrir leurs « principaux » besoins. « Mes moyens ne me permettent pas de payer mon loyer, le minerval des enfants, l’électricité, … et la prime d’assurance », confie Jacques Sabayezu, commerçant des chaussures au marché de Jabe.

Même son de cloche pour Égide Niyonzima, propriétaire d’un petit bistrot aménagé dans un quartier de la Mairie de Bujumbura, qui indique qu’il a contracté ce produit, mais qu’après trois ans, il a décidé de se retirer puisque durant cette période il n’a pas connu de sinistre … «Je ne pouvais pas continuer de payer de l’argent pour rien, alors que j’avais d’autres besoins. »

Le manque de culture de l’assurance des burundais en filigrane

Par définition, l’assurance-incendie couvre les pertes et les dommages matériels causés aux biens par l’incendie, la foudre, les implosions, les explosions ainsi que par la chute ou l’erreur de l’appareil de navigation aérienne ou spatiale par des objets qui en tombent ou qui en sont projetés ou par l’erreur d’un véhicule.

En d’autres termes, c’est une garantie qui, une fois le feu consume les bâtiments ou leurs contenus, l’assureur est obligé d’indemniser toutes les pertes et tous les dommages subis par le propriétaire ou le locataire suivant le type d’assurance incendie qui l’a contracté. Autrement dit, c’est une façon de remettre dans son état initial un immeuble ou les effets que contient l’immeuble qui a été assurés par le propriétaire ou le locataire de l’immeuble.  

Voire l’importance qu’elle occupe dans la protection de la sécurité des biens, c’est une branche qui devrait drainer plusieurs clients malheureusement ce n’est pas le cas. Pour Thacien Sibomana, Secrétaire Exécutif permanent de l’association des assureurs au Burundi (ASSUR), les Burundais et le pouvoir public sont insensibles à l’intérêt de l’assurance que ce soit au niveau de l’économie de façon générale, que ce soit au niveau de la sécurité qu’elle garantit aux biens et à la personne.

                 

Thacien Sibomana:  »Le pouvoir public devrait montrer l’exemple d’abord en faisant assurer son patrimoine immobilier et ensuite sensibiliser et informer la population en vue de veiller à la sécurité de leurs biens. »                 

De plus, insiste-t-il, les Burundais n’ont pas la culture d’assurance et sont réticents: « Les gens se disent que s’ils payent une prime annuelle et que par exemple il ne connaît pas de sinistre au cours de cette année, il risque de ne plus s’assurer l’année suivante sous prétexte que c’est de l’argent perdu or comme on dit en technique d’assurance, le risque certain n’est jamais assurable. »

La nécessité de la sensibilisation pour changer la donne

Face à cette tendance du taux faible de pénétration à l’assurance incendie et les avantages de celle-ci, il ne serait pas illogique de dire qu’il y a un manque criant de sensibilisation. Les commerçants rencontrés affirment qu’ils n’ont jamais été informés par les agents des compagnie d’assurance sur les avantages de ce produit: «J’ai entendu  parler de l’assurance incendie, mais j’ignore les avantages de celui-ci étant donné que personne n’est venue me l’expliquer », fait savoir Jules Gateretse, commerçant au marché de Ngagara. Pour le Secrétaire Exécutif permanent de l’ASSUR, les compagnies d’assurance devraient multiplier les campagnes publicitaires pour que la population soit au courant de ces produits.  Le pouvoir public devrait montrer l’exemple d’abord en faisant assurer son patrimoine immobilier et ensuite sensibiliser et informer la population en vue de veiller à la sécurité de leurs biens.                  

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