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Lutte contre les discours de haine : l’âge et la sagesse ne font pas toujours bon ménage

Censés éclairer la nouvelle génération de par leur vécu, les personnes « âgées » brillent, des fois, par l’usage des mots qui véhiculent la haine. Comprendre leurs motivations afin de contrer leurs discours, peut aider la jeunesse. Eclaircissement avec Sylvère Nsengiyumva, expert en résolution pacifique des conflits.

Comment le non usage des paroles de sagesse par des personnes âgées constitue-t-il un frein à la lutte contre des messages de haine au sein des jeunes ?

Il faut d’abord comprendre pourquoi certaines personnes âgées usent de la haine dans leurs discours. A part les intérêts, il y a le passé qui contribue fortement à la propagation de la haine car l’on continue à vivre ce que l’on a vécu dans le passé et du coup les perspectives ne sont pas les mêmes. L’autre élément est le poids de l’éducation reçue. Nous n’avons pas été éduqué de la même manière, nous n’avons pas connu le même environnement. Tous ces facteurs influencent les discours basés sur la haine ou la division.

Comment considère-t-on une personne âgée au Burundi ?

Quand on parle de la sagesse d’une personne, c’est son comportement affiché dans la communauté dont on fait référence. Comme on le dit souvent à l’instar des « Bashingantahe » au Burundi, ce sont des gens sages, responsables, équitables et disciplinés. Ce sont des gens qui ont une intelligence innée, des modèles communautaires, des personnes de référence pour l’éducation et la bonne conduite dans la société.

Quel est le langage qui devrait caractériser les personnes âgées ?

Les personnes âgées devraient normalement tenir un discours constructif, rassembleur, de l’expérience vécue parce que cela constitue un élément de base pour construire l’avenir.

Que visent les personnes âgées en utilisant des discours haineux ?

Elles ne visent que les intérêts et ils sont de plusieurs ordres dans la communauté : il y a un intérêt matériel comme les maisons, les biens…, il y a un autre intérêt dit psychologique. Il est lié à l’équité, à l’estime de soi. L’autre intérêt est appelé intérêt procédural, la question est ici de savoir qui oriente, qui donne, qui détermine la procédure pour arriver à un objectif donné. Au-delà de tout cela, il faut savoir que tous ces intérêts sont interdépendants. On ne peut pas satisfaire l’intérêt matériel sans toutefois penser à l’intérêt psychologique ou procédural et vice versa. C’est la raison pour laquelle l’on assiste aux messages de haine de la part des personnes âgées.

S’il advient qu’une personne âgée profère des paroles haineuses, que peut être la conséquence au sein des membres des différents groupes ?

C’est d’abord la violence qui peut être physique ou psychologique, ensuite le traumatisme, des assassinats parce que les gens pensent qu’ils sont entrain de se venger à cause de la personne qui a propagé cette haine-là. C’est également une éducation destructive donnée par nos aïeux, et donc la peur s’installe dans les cœurs des gens. Ce message de la haine te rappelle ce qui s’est passé avant et la crainte de voir l’évènement malheureux ressurgir.  Ceci pousse les uns et les autres à adopter une stratégie défensive : comme j’ai peur de l’autre, je me prépare à lui faire face au cas où…alors qu’il n’en est rien.

Quel comportement pour la jeunesse face aux discours de haine tenu par des personnes considérées comme modèle ?

La première chose est d’essayer de comprendre cette haine. Qui le dit, quel est son intérêt. La deuxième attitude à adopter est d’essayer d’inverser les rôles en se mettant à la place de l’autre pour comprendre pourquoi il tient ce discours afin de chercher une information contradictoire. Par exemple quand vous entendez quelqu’un dire d’un autre qu’il tient tel discours parce qu’il est hutu ou tutsi, se demander si tous les hutu ou tous les tutsi pensent de la même manière, de la même manière se demander si les jeunes affiliés aux partis qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition pensent tous de la même manière. Chacun a son intérêt derrière lequel il court.

De quelle manière alors les jeunes peuvent-ils redresser les personnes âgées qui brillent par l’usage des mots qui tuent ?

Il est difficile de répondre à cette question car les auteurs de ces discours de haine sont souvent des gens « clairvoyants », des leaders d’opinions dans notre société, des gens forts. De l’autre côté, notre jeunesse n’a pas une vision commune. C’est du chacun pour soi. Même s’ils courent ensemble, ils sont à la recherche des intérêts souvent divergents. Et donc c’est une contrainte observée. Mais s’ils parviennent à se mettre ensemble dans leur diversité et essayent d’analyser si le discours des aînés est constructif ou pas, quel intérêt y’a-t-il derrière leurs propos, cela pourrait les aider à rectifier le tir. Il faut que les jeunes osent, analysent et trouvent une stratégie pour faire face aux auteurs de ces discours de haine.

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