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Le stress-post traumatique, un mal méconnu

En 2019, une enquête de l’ISTEEBU révélait que 4 Burundais sur 10 présentaient des troubles psychologiques. Sans vouloir extrapoler, il est fort probable que les discours de haine suivis des scènes de violence observés ici et là puisent leur substance dans le traumatisme vécu par le passé. Il sied donc de savoir la manière de gérer le stress post-traumatique afin de contrecarrer les messages de haine. Eléments de réponse avec Alexis Nibigira, chargé du programme psychosocial au sein du THARS (Trauma Healing and Reconciliation Services).

Qu’est-ce que le stress post-traumatique ?

Il faut peut-être d’abord contextualiser pour comprendre cette thématique. La plupart d’entre nous avons vécu des expériences effrayantes, traumatisantes et nous y repensons souvent longtemps même après l’événement. Et donc chez certaines personnes, ces pensées ou ces images pénibles persistent encore et s’accompagnent d’autres symptômes comme un fort sentiment de danger, l’impression d’être engourdi émotionnellement, voire même l’irritabilité. Si ces actions se produisent fréquemment, elles perturbent le fonctionnement quotidien de la personne qui réagit avec violence. Et donc, quand on parle de l’état de stress post-traumatique, c’est un état qui signifie justement l’ensemble des troubles résultant de la confrontation d’un évènement traumatique qui continue à perturber le fonctionnement psychique au fil du temps, même longtemps après l’événement.

Comment se manifeste-t-il dans les relations intergroupes ?

Le stress post-traumatique se manifeste par des symptômes comme la perte de confiance en soi et envers les autres, la peur des personnes, des lieux, un sentiment de colère, de culpabilité, de frustration voire même une perte du contrôle des émotions. Tout cela peut affecter les relations interhumaines. Souvent quand quelqu’un a peur des gens, il a tendance à les éviter avec un fort sentiment d’intolérance. Bien plus, dans certaines situations, les gens éprouvent des difficultés à cohabiter avec les autres parce que justement ils ont des envies de vengeance. Tout cela peut avoir de l’impact sur les relations avec les autres. Dans ces conditions, vous comprenez qu’a un certain moment, cela peut alimenter un sentiment de haine envers les autres car l’on pense qu’on est des ennemis.

Est-ce cela qui traduit le lien entre le stress post-traumatique et la propagation des messages de haine ?

Oui, justement quand on a ce sentiment de vengeance, cette frustration continue par rapport aux évènements vécus, quand on a cette perturbation des émotions par rapport au passé, quand on continue à sentir l’indifférence voire même le sentiment d’isolement, vous comprenez qu’on véhicule en soi ce sentiment de haine, on déshumanise l’autre. L’autre est considéré comme un ennemi. Cela fait revivre certains événements et on pense aux supposés auteurs de la condition dans laquelle on vit. Et donc l’état de stress post-traumatique enfreint le processus d’acceptation de l’autre voire de réconciliation avec l’autre parce qu’on vit cette éternelle intranquillité dans son cœur.

Comment une société comme la nôtre qui a connue des périodes traumatisantes, peut-elle guérir de ce mal ?

Par une prise de conscience collective qu’il s’agit d’un problème social qui limite et bloque le processus de réconciliation, de paix et de développement. Pour en guérir, les gens doivent comprendre ce phénomène et doivent être aidés dans le traitement du passé, doivent apprendre comment remplacer la peur par une coexistence pacifique, comment assainir leurs relations par une reprise de la communication en tenant compte de tout ce qui les a divisés par le passé.

Et concrètement comme le ferait-on ?

Il existe des techniques. Cela peut passer une thérapie individuelle ou collective. Par thérapie individuelle, l’on veut que les gens soient réellement résilients et puissent activer leurs ressources personnelles internes pour être stables afin de construire des nouvelles relations avec eux-mêmes et avec la société. On peut aussi faire la thérapie de groupe ou bien les guérisons de mémoire qui sont des opportunités d’examiner ou d’expérimenter son parcours individuel par la réflexion, la décharge émotive, les exercices de créativité justement pour avoir cette décharge émotionnelle. Mais en tout et partout, il nous faut un soutien psychosocial basé dans la communauté pour justement établir la confiance dans une culture durable de la non-violence, différencier la culpabilité des individus et de la communauté, mettre en place des institutions opérationnelles qui aident les gens à se réconcilier. En dernier lieu, en stabilisant les émotions, en aidant les gens à être stables sur le plan psychologique, cela permet la reconstruction de la confiance, la compréhension de l’autre.

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