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Dans nos coopératives

De l’imagination pour transformer les défis en opportunités

Sangwe Rugazi dans l'élevage des chèvres à Karusi (658 membres)/Jimbere

Le mouvement coopératif qui est sur toutes les lèvres au Burundi peut placer le pays sur les rails d’un développement économique durable. Mais la condition est que l’imagination prenne place pour proposer toutes les astuces possibles nécessaires à l’élimination progressive des défis encore légions. Le point. 

Les efforts du Gouvernement pour redynamiser le mouvement coopératif traduisent sa volonté de faire de celles-ci un cadre engagé, puissant et stimulant pour le développement du monde rural. Car au Burundi, à l’image d’autres pays africains, la réalité est celle-ci: le phénomène de la pauvreté est surtout rural. Selon l’ISTEEBU (2014), les ménages urbains sont mieux lotis que ceux du milieu rural où la pauvreté ne concerne que 23,6% contre 62%. 

Un rappel rapide : le 28 juin 2017, promulgation de la loi régissant les coopératives au Burundi. Le 12 mars 2019, mise en place de l’ANACOOP chargée de faire le suivi et évaluation des coopératives au Burundi, suivi par le lancement des coopératives collinaires Sangwe, dont une rubrique pour l’appui au développement est prévue dans le budget de l’Etat à raison d’un prêt de 10 millions Fbu par coopérative collinaire, remboursable sur une période de 2 ans. Que de bonnes choses … 

Toutefois, des inquiétudes ne peuvent pas manquer. Les coopératives ont été implémentées au Burundi depuis les années 1950, mais 70 ans après, le compte n’y est pas encore. Le spectre de l’échec ne cesse de ressurgir, et au-delà de tout, avec cet engouement renouvelé, il semble que les coopératives au Burundi naviguent encore en eaux troubles. Le lancement des coopératives SANGWE, survenu à la veille des élections, a par exemple été accompagné d’un fond de scepticisme: certains ont pris l’opération comme une manne pour les membres du parti au pouvoir.

 Des questions méritent alors d’être posées : quelles sont les raisons de l’échec du modèle coopératif au Burundi jusqu’ici ? Quels sont les facteurs socio-culturels qui sous en tendent l’échec ? Le tissu social est-il prêt pour soutenir la réussite de ce mouvement coopératif qui change profondément les modes de production du monde rural ? Nous avons approché quelques intervenants dans le domaine pour une analyse situationnelle. 

Tout d’abord s’attaquer aux vrais défis …

Pour qu’il réussisse son pari, le Gouvernement doit s’attaquer aux défis de taille que constitue la bonne gouvernance dans les coopératives. C’est du moins l’avis Libère Bukobero, Secrétaire général de l’ADISCO. « Avec la mauvaise gestion, on se retrouve avec des coopératives qui reculent au lieu d’avancer. Celui qui tient les rênes de la coopérative croit que c’est la bonne occasion pour lui de grignoter. Le cercle proche de lui, censé apporter conseils et soutient, de peur d’être écarté s’il s’oppose, et perdre d’éventuels avantages, va se ranger derrière leur “leader”. Voilà le grand défi des cooperatives. »

L’autre obstacle, analyse Déogratias Niyonkuru, Conseiller stratégique auprès de l’ADISCO, est celui d’apporter une lisibilité économique et sociale aux projets des coopératives afin que toutes les parties prenantes s’en approprient.

« Pleins de failles tant dans le fond que dans la forme des projets des coopératives n’arrivent pas à captiver les institutions de crédit pour le financement. » En outre, étant donné le fait que la majorité des coopératives se trouve dans l’agri-élevage, le développement économique du pays, par le biais du mouvement coopératif, implique que le gouvernement accorde les énergies nécessaires pour la révolution de ce secteur qui emploie plus de 80% de la population, observe-t-il. 

Mais le hic, dans un pays où seuls 10% des Burundais ont accès aux crédits, difficile de canaliser le peu de prêts disponibles dans ce secteur gangrené de défis : « Nous avons des exploitations familiales dispersées, de très petite taille (moins d’un hectare), avec une faible production : des conditions ne peuvent pas attirer les investisseurs. Vous allez trouver que les exploitations financées concernent souvent les cultures intégrées au détriment des cultures vivrières (90% des superficies mises en valeur au Burundi étant consacrées aux cultures vivrières). » 

Toujours pour le cas particulier des coopératives dans l’agriculture et dans l’élevage, l’autre sérieux défi est le manque de moyens pour se payer des techniciens agricoles et vétérinaires capables de suivre au quotidien les champs d’exploitation et les projets d’élevage des paysans regroupés dans les coopératives. Et de façon général, comme les coopératives sont appelées à fonctionner comme de véritables entreprises, sont-elles capables de se payer les services des professionnels pour rédiger par exemple des projets bancables, s’occuper de la finance, de la stratégie de développement des produits, services, … ? 

Les solutions possibles ?

Pour le moment, tous les espoirs permis. Dans l’immédiat, la priorité est la réhabilitation de la confiance aux capacités de production du mouvement coopératif dans un contexte où beaucoup ne donnent pas cher de leur peau à ce projet des coopératives. D’abord, il faut sensibiliser la population sur le bienfondé de celles-ci. C’est du moins l’avis d’Evrard Ndayikeje aujourd’hui à la tête de l’ANACOOP. L’agence, affirme celui-ci, est sur le front en veillant à la bonne marche des coopératives par le mise en place les organes de gestion tels que prévus par la loi. « Nous veillons aussi à l’élimination des barrières administratives qui touchent aux opérations de création, de développement, d’extension et ou de modernisation des coopératives. » 

Par ailleurs, dans l’objectif de soutenir les coopératives notamment en ce qui concerne le manque des marchés d’écoulement, un des grands défis auxquels fait face, le mouvement coopératif, le 18 janvier 2021, le Gouvernement burundais a mis en place l’ANAGESSA (Agence Nationale de Gestion du Stock de Sécurité Alimentaire) avec comme mission principale la gestion de la production agricole, animale et halieutique commercialisable. C’est elle qui détermine le prix et les types de produits destinés à la commercialisation, tout en garantissant le marché d’écoulement. 

Cependant, compte tenu de la mauvaise gestion des agences étatiques dans le passé, d’aucuns se demandent si l’ANAGESSA fera exception. Pour y parvenir, l’ANAGESSA devra surmonter plusieurs défis. « D’abord, agir avec d’autres intervenants pour améliorer la production, on ne peut pas conserver ce qu’on n’a pasEnsuite assurer des bonnes conditions de conservation pour éviter que la production pourrisse dans les stocks. Pour ce faire, une multiplication des chambres froides s’impose dans un contexte national de déficit énergétique. L’autre défi de taille est celui de vendre des produits sains étant donné les dysfonctionnements des agences de certification burundaises. Il ne faut pas aussi oublier d’appuyer les coopératives en vue de rehausser la compétitivité de leurs produits par rapport aux produits étrangers et surtout éviter la corruption et le favoritisme dans l’octroi des marchés », explique Mathias Siniremera, commerçant grossiste des produits agricoles. 

Dans le même optique de renforcer les coopératives notamment en les dotant d’un pouvoir de négociation auprès du Gouvernement et d’autres partenaires techniques, l’Inades-Formation a été la première à défendre et mettre en œuvre la formule coopératives unions-fédérations-confédérations. 

« C’est-à-dire que les producteurs se mettent ensemble en associations au niveau collinaire, puis les coopératives donnent à leur tour des unions au niveau communal et les unions forment les fédérations au niveau provincial pour enfin donner les confédérations au niveau national. Ainsi avons-nous contribué dans la mise en place des confédérations nationale des producteurs dans des filières telles que le café, le thé et le coton, action qui plus tard sera cruciale pour la mise en place du FOPABU (Forum des Producteurs Agricoles du Burundi) regroupant toutes les confédérations des producteurs de différentes filières. Tout cela dans l’objectif de renforcer surtout le plaidoyer auprès du Gouvernement », indique Sylvain Nimubona, chargé des projets au sein de l’Inades-Formation. 

En somme, de toutes ces interventions, on retiendra que chaque associé coopérateur doit comprendre le fonctionnement d’une coopérative, ses enjeux et ses potentialités. Et c’est au Gouvernement et aux organisations de développement que revient cette noble tâche d’accompagner les membres des coopératives dans cette quête … 

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