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Jimbere Mukenyezi

Des femmes qui ne sont plus vulnérables économiquement… est-ce une utopie ?

Le bureau de l’UE en collaboration avec l’Ambassade du Royaume de Belgique a organisé, ce 7 décembre 2021, à l’Institut Français du Burundi, une table ronde autour du thème « Pour l’autonomisation et la réduction des vulnérabilités économiques des femmes ». Une occasion d’appeler la femme à arrêter de se morfondre et à agir. 

C’est par un discours éloquent de l’Ambassadeur du Royaume de Belgique qu’a débuté les travaux de cette table ronde.

Prenant la parole, Dr Emery Nukuri, Doyen de l’Institut d’Administration et de Cartographie foncière à l’Université du Burundi a planté le décor des conditions dans lesquelles vit la femme burundaise et de défis liés à son autonomie économique. 

Selon lui, que ce soit au niveau communautaire ou à celui familial, la femme est privée de ses droits ou n’en jouit pas complètement. Le plus souvent, argumente le professeur, le mari a tendance à s’accaparer de tout, y compris les maigres gains de son épouse, ce qui explique la vulnérabilité économique de celle-ci. 

Propos confirmés par l’une des dames invitées à témoigner : « Les bénéfices que je tirais de mon commerce étaient tous utilisés pour mon foyer et j’ai même acheté du bétail. Mais avec la crise de la Covid-19, les clients ont diminué et ce faisant, les gains aussi. Ne voyant plus mon utilité, mon mari m’a chassée, gardant tout pour lui ».                                                                                                                                                                             

Vu la vitesse -minime- à laquelle vont les choses, pouvons-nous vraiment espérer voir un jour toutes les femmes indépendantes financièrement et qui plus est, soutenues par leurs maris ? Passons.

« Les droits de la femme selon la météo… »

L’homme, figure de force et chef de la famille, aurait-il peur de se voir voler la vedette par la femme ? Le Dr. Emery Nukuri constate : « L’homme gère et contrôle tout, même lorsque c’est une terre achetée par sa femme, il va se mentionner comme propriétaire et il va gérer le tout à sa convenance. Tout dépend de la météo au sein du couple : si c’est orageux, la femme en pâtit. »

L’homme s’arrange, l’on viendrait même à dire de son mieux, pour éclipser son épouse, lui priver de ses droits. La femme, dans la pudeur que lui exigent les traditions, se résigne et se terre dans le silence.

En effet, selon l’étude comparative menée par le Dr Emery Nukuri, plusieurs femmes répondent négativement lorsqu’on leur demande s’il existe des conflits concernant l’accès et gestion du patrimoine familial. Beaucoup restent neutres et peu ont le « culot » d’avouer leur vraie opinion. 

Dès lors, la question qui se pose est celle de savoir comment les femmes se déferont du joug de leurs maris pour éclore au grand jour, si elles gardent constamment la peur d’être jugées par la société et pire, par leurs propres familles.                                                                                                                                                      

A cause de cette situation, les femmes mariées viennent à envier celles en veuvage normalement considérées comme défavorisées, car ces dernières, bien que ne pouvant pas vendre leurs terres, celles-ci appartenant à la famille, peuvent au moins gérer ces terres comme bon leur semble, explique le Dr. Nukuri. 

« Soit nous allons de débat en débat, soit nous décidons d’enfin agir »

Parmi le public, une jeune slameuse du collectif Jewe Slam exprime son indignation : « On a l’impression que nous ne faisons que clamer haut et fort nos droits, d’aller de débat en débat pour finalement constater que presque rien de concret n’est fait. On en a assez, marre de parler, on veut des résultats ! »

Et Ange Muyubira, Fondatrice et Directrice Exécutive de Kaz’o’zah art de répondre : « Personne ne nous oblige à rester les bras croisés, à attendre que les choses s’arrangent d’elles-mêmes car dans ce cas on restera dans les débats et on n’agira jamais. Un exemple : si ton mari accapare tous les bénéfices de ton commerce, garde ton argent sur Ecocash ! Personne ne saura ce que tu as ou ce que tu n’as pas. Il faut arrêter de jeter sans cesse la faute sur le mari et prendre sa vie en main ! »

Sur ces mots d’exhortation, la table ronde s’est clôturée par un conseil de, Anny Joanice Nizigiyimana, la plus jeune des intervenants : « Je voudrais conseiller aux femmes de s’unir, de s’associer avec des organisations capables de leur venir en aide afin de promouvoir leurs talents et leurs compétences. »

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