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Entrepreneuriat

L’exploit iHelá: la première microfinance digitale du Burundi

Le siège de la micro-finance iHela, dans la ville de Bujumbura

Voici l’édifiante histoire de deux jeunes mordus d’informatique et de finance qui, lassés de se voir reprochés du manque d’expérience par les banques burundaises, décident de créer une plateforme de transaction financière valant ailleurs des millions de dollars…

Sept mois sous embargo. Ils ont attendu plus d’un semestre avant d’autoriser Jimbere à publier cet article. Le temps que la Banque de la République du Burundi leur délivre le précieux classement d’iHelá comme « Microfinance de 1ère catégorie »…

Fin 2020: Allan Stockman Rugano et Hidoine Mwuhiro nous accueillent au siège de leur bébé, gros comme un immeuble qui porte le nom même de l’entreprise, iHelá. Ici domine le gris, mâle, et le pourpre, royal. Le ton est posé.

Première question: « Qu’est-ce qu’iHelá a de spécial? » Les deux jeunes gens, qui se sont connus au très jésuite Lycée du Saint Esprit il y a une quinzaine d’années, sourient: « iHelá est spécial parce qu’il est nôtre! » Puis, de façon plus sérieuse: « Imaginez la fierté de construire une banque digitale à 100% made in Burundi! »

Et de décliner leur philosophie: « Avec iHelá, we don’t compete, we collaborate! ». Au lieu de bâtir sur la compétition, vaut mieux miser sur la collaboration. Leur société offre en effet une infrastructure digitale fédératrice permettant des transactions aussi facilement que les applications achetées en Inde ou en Europe par les banques burundaises en millions de dollars…

Prouver ce qu’on vaut

Hidoine Mwuhiro, Gérant la micro-finance iHela (à gauche), et Allan Stockman Rugano, programmeur

Au début de l’aventure, en 2015, ils sont 12 jeunes qui mettent en place une tontine sous la coordination d’Hidoine, travaillant alors à l’Interbank comme informaticien. Avec Stockman, programmeur au sein de l’UNICEF et geek à ses heures perdues, ils décident de monter Ubuviz, une start-up disruptive qui vend des solutions digitales au Burundi.

Car ils on flairé un deal: avec la concurrence du mobile money, les banques classiques sont obligées de passer au digital pour non seulement retenir leurs clients, mais surtout agrandir leur portefeuille dans un pays où le taux de bancarisation navigue autour de 20% (BRB). Ceci alors que le volume des transferts monétaires effectués par téléphone est passé de 2,4 milliards Fbu à 53,8 milliards Fbu en seulement deux ans (2016-2018)…

Au lieu que ces banques achètent des plateformes de transaction digitale onéreuses à l’étranger, « pour lesquelles certaines mises à jour prennent des semaines et coûtent des dizaines des milliers de dollars », Stockman et Hidoine leur proposent d’en fabriquer sur mesure, localement, avec la garantie d’un support technique disponible 24h/24. Le tout payé en monnaie locale… Incrédulité en face: « Montrez-nous d’abord ce que vous savez/pouvez faire, et qui marche! »

C’est ainsi que naîtra iHelá. Une claque cérébrale assénée au dédain que manifestent les pontes des finances à Bujumbura face à deux jeunes gens qui arrivent en tuk-tuk pour parler business et core banking system.

Anticiper les tendances

L’équipe iHela

2017: à peine ont-ils commencé à écrire les premières lignes du code iHelá qu’Hidoine et Stockman constatent que les plus nécessiteux ne sont pas les banques, mais les microfinances. Ces dernières jouissent d’une faible capitalisation, mais sont essentielles dans le rouage financier rural, au sein des coopératives et chez les « petites gens », notamment pour l’octroi de micro-crédits que ne peut consentir le mobile money, aussi populaire soit-il.

C’est ainsi que le dessein d’iHelá change, pour devenir une solution fédératrice permettant à ses clients d’envoyer/recevoir l’argent soit d’un siteweb, d’un smartphone, d’un SMS ou d’une microfinance, vers une banque, une microfinance ou un porte-monnaie électronique.
Une fluidité que renforcera le Bi-Switch, plateforme facilitant l’interopérabilité des systèmes de paiement par cartes ou par tout autre moyen de paiement électronique ou téléphonique au Burundi.

La morale de l’histoire: « Nous avons découvert que nous sommes meilleurs que certains étrangers qui viennent rouler des mécaniques à Bujumbura parce qu’ils parlent anglais… », souligne en riant Stockman.
Et Hidoine d’ajouter: « Nous avons eu la rapidité d’envisager l’évolution du marché local, et d’anticiper ses besoins. Malheureusement, peu de nos aînés admettent que nous en sommes capables! »

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