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Une éducation pour l’emploi, épisode 1 

Sur le marché du travail burundais, les jeunes diplômés sont en situation vulnérable : beaucoup d’entre eux n’ayant pas les compétences, l’expérience professionnelle, requises, ils peinent à trouver un emploi. Le professeur Gabriel Vyuzura appelle à réinventer le système éducatif, le transformer pour l’adapter au contexte de l’employabilité … 

La scolarisation au Burundi a bien progressé ces dernières années, mais la qualité reste limitée. En effet, depuis 2005, c’est l’école pour tous au primaire. Les effectifs en classe augmentent chaque année. Mais, de l’autre côté, malgré les efforts de l’Etat, le nombre d’enseignants qualifiés n’augmente pas conséquemment. A cela s’ajoute le manque de matériel scolaire, des livres, équipements des laboratoires, … Et l’un des points faibles que pointe la majorité des experts reste l’acquisition des compétences de base. 

Avançons. Plus loin, l’autre critique porte sur une éducation trop généraliste qui n’est plus adaptée aux besoins du marché de l’emploi. Et les plus jeunes l’ont bien remarqué. Un exemple pour l’attester : selon un communiqué du Ministère de l’Education du 21 février 2020, les lauréats des écoles secondaires ont pu choisir leur faculté préférée pour l’inscription à l’université du Burundi, année académique 2020- 2021. Malheureusement, on s’est retrouvé avec des facultés totalement vides. La Direction de l’Orientation a été « forcée » de transférer une partie des étudiants dans les filières désertées. Une expérience qui en dit plus sur l’incompatibilité des filières proposées et le choix de la jeunesse burundaise, désormais plus plus consciente de la réalité. 

Aujourd’hui, la cinquantaine d’universités agrées au Burundi déversent chaque année une dizaine de milliers de jeunes diplômés sur le marché de l’emploi. Mais, pour quels débouchés? Pour le professeur Gabriel Vyuzura, psychologue, enseignant à l’Université du Burundi, « Le système éducatif burundais a besoin de se réinventer. Et il faut une grande main-d’œuvre d’enseignants qualifiés. Le souci sera alors de trouver un budget conséquent pour réaliser cette ambition. » 

Sur terrain, évidement qu’il existe un sérieux gap entre les compétences des jeunes diplômés et les besoins du marché de l’emploi. Souvent, les théories apprises en classe ne permettent pas d’assimiler, d’anticiper la pratique requise sur ce marché. Il est devenu normal de trouver un jeune diplômé de la faculté Génie Civil dans un service de traduction au sein d’une ONG internationale. 

Le professeur ajoute : « En classe, on donne trop de théories et pas assez de pratique. Par ailleurs, les sections techniques ne possèdent presque pas de dispositif d’apprentissage pratique. Ces jeunes sortent les têtes pleines, mais, pratiquement ils ne maîtrisent rien. Le début d’une mauvaise orientation professionnelle. » 

Il est plus qu’évident que les jeunes diplômés ne savent pas exactement quoi faire après les études. Les employés, de leur côté, ne voient aucun intérêt à embaucher des gens qui ne présentent aucune valeur ajoutée à leurs entreprises. 

La seule issue devient alors l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, ils sont appelés à s’organiser en associations, en coopératives, … forcés d’oublier leurs diplômes dans les placards. Une question mérite alors d’être posée : voulons-nous des entrepreneurs par défaut ou des entrepreneurs par vocation ? La suite du débat dans le prochain numéro …

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