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Discours ethnicisant : une menace à la réconciliation

Certains leaders politiques ou d’opinions jouent sur les sensibilités ethniques pour rallier un plus grand nombre de sympathisants. Lambert Hakuziyaremye, socio-anthropologue, prévient que ces messages ethnicisants peuvent être source de violences de masse et constituent une entrave à la réconciliation.

Que peut-on ou doit-on comprendre par discours ethnicisé ou ethnicisant ?

Si on prend l’exemple du contexte burundais, c’est un discours qui propage la haine ou qui incite les gens à détruire l’autre avec qui on ne partage pas la composante sociale ou l’ethnie. Ce genre de discours vise donc à remettre en cause l’autre mais surtout à se faire passer, soi-même, pour un défenseur de la cause de sa propre ethnie ou de son groupe identitaire.

Les leaders d’opinion usent, dans certains cas, des discours qui véhiculent les idéologies à forte polémicité ethnicisante. Pourquoi ?

Effectivement comme je venais de le dire, il y a des individus qui croient avoir une mission historique de fortifier leur ethnie ou de défendre leur composante sociale. Dans ce contexte, des individus, au lieu de mobiliser la capacité d’interroger les faits pour avoir une vision un peu logique des choses, essayent de contourner ou prennent des raccourcis pour faciliter les choses. Et dans ce cas, on les voit emprunter le chemin de la haine ou une voie qui divise les gens pour montrer qu’ils sont là pour défendre leur groupe, qu’ils sont là pour aider leur groupe pour pouvoir faire face à l’autre, considéré comme un ennemi, comme source de leur malheur. Ce discours est donc utilisé pour inviter les membres de son groupe à être prêt pour faire face à cet autre considéré comme un ennemi. Et souvent ce sont des gens qui échappent à la capacité critique et logique des choses.

Qu’est ce qui explique qu’un tel discours à caractère ethnique et identitaire ait la côte et une sphère médiatique privilégiée comme les réseaux sociaux ?

Ces idéologies sont construites et véhiculées à partir de quelque part. Or, ceux qui véhiculent ces messages ont la honte ou la crainte de s’exprimer dans la sphère publique. Ils profitent alors des réseaux sociaux qui échappent, pour la plupart, au contrôle des organes habiletés pour la censure des informations diffusées. C’est ainsi que nous observons beaucoup de messages qui sèment la haine et la division sur ces plateformes car elles échappent au contrôle et à l’identification des auteurs de ces messages et de ces discours.

Ces productions discursives ethnico-identitaires constituent-elles une entrave à la réconciliation ?

Effectivement c’est un problème à la réconciliation parce que ce sont des discours qui érigent des murs qui empêchent la réconciliation et la cohabitation pacifique entre les différentes composantes de la société burundaise. C’est-à-dire, au lieu de considérer le Burundi comme une nation où les burundais sont appelés à vivre ensemble dans l’harmonie et la cohésion sociale, ces discours érigent des murs entre eux. Au lieu de construire des ponts pour unir les gens afin d’assurer une cohabitation   pacifique, ces discours divisent.

Que peut être le danger de ces messages ethnico-identitaire outre l’entrave à la réconciliation ?

Si on voit relayer sur des réseaux sociaux ce genre de discours ou bien s’ils sont prononcés ouvertement par des gens qui sont considérés comme des leaders, c’est un problème de société car des gens y croient et adhèrent à ces messages presque meurtriers. Cela peut conduire aux conflits et violences de masse et aux catastrophes.

Dans ce cas, comment valoriser un discours positif qui, en plus de privilégier la bonne cohabitation communautaire, peut réguler les émergences antagoniques du discours ethnicisant ?

Ce qu’il faut faire c’est éduquer les Burundais à la culture de la paix. C’est-à-dire cesser avec la culture de la violence souvent relayée par des leaders politiques et d’opinions. Comme c’est par et dans les esprits que s’installe et s’enracine l’idéologie de la haine, c’est aussi à l’esprit qu’il faut s’adresser pour détruire la culture de la violence. Comme la culture de la violence n’est pas innée mais acquise au niveau de l’environnement social et différentes relations que l’homme tisse autour de lui, il faut donc détruire ce que le sociologue Désiré Manirakiza appelle « les niches écologiques », c’est-à-dire ces lieux où sont construites ces idéologies. Conscientiser les leaders d’opinions à adopter un discours pacificateur qui appelle les burundais à partager le même destin.

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