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Digitalisation, maître mot pour doper l’efficacité des coopératives

Le taux de bancarisation du Burundi est l’un des plus faibles en Afrique (autour de 20%), et le mouvement coopératif en pâtit. Pourtant, plus de deux tiers des Burundais disposent d’un téléphone mobile qui pourrait leur permettre d’accéder facilement aux services financiers. La digitalisation, passage obligé pour améliorer le fonctionnement des coopératives ? On en parle…

Les solutions digitales permettent aux coopératives de concentrer leurs efforts sur des aspects clés, comme la commercialisation des produits et améliorer la productivité de leurs membres. Mais, au Burundi, pour toute une série de raisons, de nombreuses coopératives continuent d’utiliser des systèmes de gestion des données sur support papier. Avec ces outils « rudimentaires », pour gérer au quotidien leurs données et processus, elles passent un temps fou dans l’enregistrement des profils des membres, des données sur les cotisations, l’épargne et les prêts, l’achat des intrants, … C’est du moins, l’observation faite lors de notre descente dans différentes coopératives à travers le pays.

Pour Yves Bunoko, jeune membre de la coopérative Sangwe Buringanire en commune Ntega de la province de Kirundo, plusieurs raisons expliquent ce retard, notamment « la non-connaissance des solutions digitales existantes, l’incapacité à utiliser les technologies due à l’analphabétisme numérique, sans oublier le manque de capitaux et l’environnement peu favorable, marqué par une résistance sociale et culturelle face aux nouvelles technologies. » 

Yannick Chokola, directeur général d’Auxfin Burundi, dans la digitalisation des services dans les milieux ruraux, explique pourquoi l’utilisation d’outils traditionnels entraine des coûts élevés : « Pour les coopératives, il y’a d’abord une perte de temps au niveau des aspects administratifs, le manque de données fiables pour la planification et la prise de décision, la perte de valeur des stocks d’intrants et de produits par manque d’informations sur les marchés potentiels, peu de temps pour se concentrer sur des activités et des aspects importants, comme la commercialisation, le remboursement des prêts, les ventes … »

Les avantages méconnus de la digitalisation

Depuis un certain temps, le paiement mobile fait partie du quotidien des Burundais. Une situation qui peut profiter au mouvement coopératif, analyse M. Chokola: « Nous avons constaté que les populations membres des coopératives accèdent difficilement aux crédits bancaires, du fait que celles-ci sont notamment localisées hors des milieux urbains. Lors de la demande des crédits, les institutions financières pour qu’elles puissent les octroyer, elles doivent d’abord s’assurer que ces coopératives existent bel et bien, qu’elles ont des membres réels, que ce n’est pas l’habillage des chiffres, qu’ils ont ces terrains ou autres biens déclarés comme garantie de paiement, ou qu’elles ont une bonne gestion. Comme les banques ou les micros finances n’ont pas d’agences sur toutes les collines, elles doivent alors envoyer leurs agents pour vérifier la solvabilité des coopératives. 

Des coûts qui dissuadent les banques. C’est en essayant de résoudre ce défi qu’on a mis en place une application qui permet aux agents d’Auxfin de collecter et de vérifier toutes ces données dans les coopératives afin que, lors de la demande des crédits, les institutions financières puissent y avoir accès sans pour autant se déplacer et engager des coûts non nécessaires. » Pour lui, en dehors du fait que la digitalisation améliore les chances d’obtenir des prêts bancaires, parce qu’elle permet aux coopératives digitalisées de pouvoir démontrer facilement leur fiabilité, leur bonne santé financière, elle présente également d’autres avantages opérationnels majeurs pour les coopératives: « Les journées de travail sont d’abord réduites. Il y’a une plus grande exactitude, moins d’erreurs dans les opérations. Il y’a aussi l’augmentation des recettes avec la réduction des coûts liés à l’offre de services. Mais au-delà de tout, souligne toujours Chokola, il y’a l’amélioration de la documentation et la tenue des rapports. » 

Digitation des coopératives, comment ça marche concrètement ? 

Evrard Bizoza, informaticien à Gitega, a déjà fourni des services de digitalisation aux coopératives. Il nous en parle : « Prenons exemple d’une coopérative d’épargne et de crédit. Avant d’implémenter un logiciel financier, elle doit d’abord faire des recherches afin d’identifier les solutions numériques adaptées à son initiative. »

Pour lui, « la première étape consiste à déterminer les fonctions dont elle a besoin. La coopérative doit ensuite évaluer les coûts et les avantages de chaque solution numérique disponible ainsi que ses perspectives de développement, dans le cas où elle utilise aussi le produit pour offrir des services supplémentaires comme assurer à ses membres des informations sur les prévisions météorologiques, les conseils agronomiques, les marchés, etc. La digitalisation, c’est un véritable atout pour les coopératives.» 

Même son de cloche à Auxfin Burundi où les applications créées permettent d’améliorer le fonctionnement des coopératives: « Nous avons commencé par digitaliser les coopératives clientes de la PAM, dans 4 filières, le sorgho, le maïs, le riz et le haricot. D’abord, nous les enregistrons, elles ont alors un compte dans Ni-cash, une agence de paiement mobile, ainsi peuvent-elles accéder facilement à des microcrédits, car Ni-Cash est en relation avec des banques et microfinances. »

 Selon Chokola, les possibilités pour les coopératives d’avoir des informations relatives au marché se retrouvent également fortement accrues: « De cette manière, nous créons un plus grand marché d’écoulement pour les coopératives car la PAM ou tout autre client va indiquer la quantité qu’elle cherche avant même les récoltes et ceux qui sont dans les coopératives savent alors le plafond des quantités recherchées sur le marché et le prix, et ainsi travaillent en conséquence parce que le marché est déjà là.» 

Le fait que la pénétration de l’internet soit encore faible, autour de 13,2% (ARCT – Agence de Régulation et de Contrôle des Télécommunications au Burundi), a conduit Auxfin à créer des applications avec des options permettant de pouvoir effectuer quelques opérations offline afin de ne laisser aucune coopérative à l’arrière du train.

In fine, pour répondre aux défis du développement du monde rural, il revient au pouvoir public d’accompagner et d’amplifier les solutions digitales. 

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