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Environnement

Du déchet électronique dans nos estomacs   

Entre 2015 et aujourd’hui, plus de 60.000 tonnes d’huile et graisse pour véhicules ont été  importées; 20.000 tonnes de piles et batteries ont transité dans nos postes radios, dans nos voitures avant de finir partiellement dans le lac Tanganyika et de revenir dans nos estomacs. Notre santé est-elle en danger ?

Si vous avez une petite voiture assurée « Affaires et Promenade », vous avez dû changer d’huile moteur 4 ou 5 fois l’an dernier. Un gros bidon du liquide. Les 120.000 véhicules circulant aujourd’hui sur le territoire national ont dû en faire autant. Ou plus. Sur les 7 dernières années, les déchets d’huile moteur pourraient aligner plus de 6000 camions de 10 tonnes de ces liquides si utiles et si polluants. Vous n’êtes peut-être pas fort en statistique, mais vous vous posez une question. Où va l’huile moteur sale ? vous avez vu certains maçons en utiliser pour enduire des perches destinées aux charpentes de maison. Mais le gros à Bujumbura est versé dans les caniveaux, avant de rejoindre les égouts, Ntahangwa et Muha avant d’être charrié vers le Tanganyika. 

Ouf ! Bon débarras, serait-on tenté de dire, sachant que ces huiles sont toxiques. Sauf que ni le Mukeke ni le Ndagala n’apprécie pas trop ce breuvage si sirupeux, si peu digestible et qui finira par réduire leur démographie à la portion congrue. Sauf, selon des spécialistes dans l’environnement, que les déchets nocifs évacués par gravitation reviendront malicieusement dans l’eau de toilette, l’eau de cuisson, l’eau de boisson. En quantité négligeable, dira-t-on ! Les ancêtres ne nous ont-ils pas laissés cette grande sagesse, que « Akavuye ku mwansi ntikaba gato ». Une trace de poison ne suffit-elle pour tuer ou rendre malade ? 

Les huiles de vidange et de graissage, l’autre danger

Albert Mbonerane, activiste de l’environnement, a observé ce circuit infernal : « Le quartier de Buyenzi possède des garages sur presque toutes ses 24 avenues. Après avoir terminé de vider les véhicules, les huiles de graissage finissent dans les caniveaux et se déversent dans le lac en passant par les rivières. ».

Interrogé, les mécaniciens de Buyenzi affirment qu’ils savent bien que ces huiles polluent le lac. Mais qu’ils n’ont pas d’autres choix que de les déverser dans le lac. « Nous ne pouvons pas les conserver. »

Quand la pile pilule et génère le cancer

Si les huiles ne sont des huitres, que dire de l’autre ami domestique aux relents nocifs ? La pile, la batterie, puisqu’il faut l’appeler par son nom, comme dirait La Fontaine, la pile-batterie, s’insinue dans notre maison, dans notre poste de radio, dans notre voiture, et quand nous en avons fini avec lui, nous la jetons dans la poubelle, dans les caniveaux aussi. 

C’est le cas d’Eric H. qui utilise en moyenne trois piles par mois pour son poste radio. Quand elles sont hors d’usage, cet habitant du quartier Nyakabiga en Mairie de Bujumbura, ne se gêne pas. Le Burundi n’est-il pas une grande poubelle, selon certains d’entre nous ? une poubelle qui sera vidé dans le lac. A notre insu, peut-être. Et ça contient du cadmium, comme l’explique Gustave Nkurunziza, un environnementaliste, qui confirme que les piles et les batteries constituent la grande majorité des déchets polluant le lac. Et le cadmium, bu dans les eaux, mangé dans les aliments cuits avec l’eau pollué génèrerait le cancer. 

Sur les 32.000 km2 du lac, le Burundi en possède 2000 km2  qui constitue un réservoir d’eau douce pour les habitants du littoral. En 1984, le captage de l’eau potable était à 1,8 km. Au fur à mesure que nous polluons le Tanganyika, nous captons toujours plus loin. Aujourd’hui c’est à 3,5km. Si la tendance se poursuit, plus des poissons et bye bye la pêche. C’est qu’une question de temps.

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