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Culture

La culture est-elle une source de conflits au Burundi ?

La culture, source de conflits au Burundi ?

©REJA | Lors du débat sur la diversité culturelle, intervention de Richard Sinzinkayo, responsable du projet « Valeurs Culturelles au service de la Cohésion » au sein du REJA

Le débat organisé par le think tank Isôko le 9 octobre dernier visait donc à cartographier la diversité culturelle au Burundi, à en peser la teneur et voir, au terme d’un débat entre étudiants en anthropologie, enseignants et universitaire, si elle est source de conflits pour y remédier.

Belle innovation, en passant : au lieu d’inviter des sommités académiques pour mettre en perspective le débat, le REJA s’est plutôt tourné vers les amphithéâtres de l’Université du Burundi, en retenant deux étudiants qui allaient exposer sur la problématique au terme d’un concours de rédaction. Ce qui constitue une excellente porte d’entrée pour les jeunes au contact des enjeux citoyens.

Qu’ont-ils dit, les impétrants du jour ? Léonce Ndihokubwayo, en Bac III option anthropologie, rappelait dans son exposé qui partait des différents auteurs ayant défini la culture, que « l’homme est créateur et créature de la culture ». L’exemple le plus frappant : la diffusion d’une culture commune aux Burundais sous la monarchie était proportionnelle à la distance par rapport à la royauté, les régions centrales du Kirimiro proches des enclos royaux de Muramvya se targuant d’authenticité culturelle alors que les périphériques comme au nord avec le Buyogoma, le Bweru et le Buyenzi, présentaient des signaux forts d’acculturation au contact des sociétés rwandaises et tanzaniennes.

Providence Niyogusabwa, l’autre oratrice du jour est revenue sur des cas d’intolérance culturelle dans l’histoire burundaise, forte pourtant de plus de deux cent clans produisant une savante mosaïque de stabilité politique qui a fort dérouté les colons allemands, puis belges, au point de simplifier cette organisation sociale en ethnies létales. L’étudiante en anthropologie a rappelé l’interdit frappant le clan des Hima, qui ne pouvaient s’approcher de la royauté : les discriminés se vengeront en 1966 par un coup d’État qui mit fin à la monarchie burundaise.

Providence évoquera aussi la discrimination sociale qu’ont longtemps vécu les Twa, ces potiers moqués et interdits jusqu’à s’asseoir avec les autres ethnies pour cause de prétendue infériorité : « Même maintenant, on nous empêche de trouver de l’argile afin de fabriquer nos pots, alors que cela constitue un trait important de notre identité culturelle », lui rétorquera Sylvere Baransakaje, représentant de la section jeunesse au sein de l’association Uniproba des étudiants twa de l’Université du Burundi.

S’il s’est avéré au fil du débat que le Burundi n’avait pas à proprement parler de conflits culturels, la dualité hutu/tutsi telle que comprise actuellement résultant des manipulations politiciennes de concepts sociaux antérieurs à la colonisation, l’enjeu final sur cette diversité culturelle se révélera être sa préservation.

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