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Dans nos coopératives

Quelques coopératives Sangwe visitées, une santé en dents de scie

L’Etat burundais, dans sa politique de développement, a appelé la population à créer des coopératives Sangwe sur toutes les collines afin d’augmenter la production et assurer la sécurité alimentaire. Chaque coopérative a ainsi reçu 10 millions de Fbu de crédit. Deux ans plus tard, l’initiative est elle une réussite?

2019 débute l’initiative des coopératives collinaires Sangwe. L’Etat burundais promet de verser 10 millions de Fbu de crédit à chaque coopérative collinaire Sangwe. Les campagnes de sensibilisation sont lancées dans toutes les communes et collines, appelant jeunes et moins jeunes, à se mettre ensemble et à adhérer à ces coopératives. L’Union fait la force, dit-on. Le Magazine Jimbere, en compagnie de l’ANACOOP, a visité quelques coopératives Sangwe. Récit. 

Elles n’étaient pas prêtes… 

Au début, certains membres des coopératives SANGWE pensaient que les 10 millions Fbu promis allaient être partagés entre membres afin que chacun monte son propre affaire quitte à rembourser ultérieurement le crédit. Mais quand les fonds sont arrivés, les choses se sont déroulées autrement. Chaque coopérative devait mettre en place un projet propre et gérer ces fonds. Cela a retardé un peu l’utilisation de cet argent. Et pour cause, certaines coopératives ne savaient pas dans quoi investir, d’autres se sont précipités dans des activités qui se sont révélées être des échecs. L’exemple parlant est celui de la coopérative Tujijuke Nkonyovu de la commune Rutegema, province Muramvya. Dans cette coopérative, sur les 10 millions de Fbu versés par le gouvernement, ils ont enregistré une perte de 5 millions de Fbu dès le début. « Nous avons investi 5 millions dans l’achat des porcins qui sont morts un a un sous nos yeux à cause d’une pathologie que nous n’avons pas su soigner. Nous n’avions pas bien mûri ce projet » fait savoir Astère Nzigirabarya, vice-président de la coopérative. Aujourd’hui, la coopérative indique s’être orientée dans l’élevage du grand bétail et dans la culture des pommes de terres. Espérons que cela puisse mieux marcher.

Quid du remboursement du crédit ? 

Depuis deux ans, les membres de ces coopératives savent qu’ils doivent rembourser les fonds reçus. Pourtant, il semble qu’aucune d’entre elles ne peut le faire et continuer à fonctionner. Pour Jimmy Kwizera, président de la coopérative Sangwe Yoba à Gitega dans l’élevage des poules, pour rembourser le crédit de l’Etat, il faudrait tout vendre. La meilleure des façons pour payer ces crédits, suggère-t-il, est d’échelonner le crédit et le rembourser petit à petit, en tranches.

 Par ailleurs, d’autres coopératives demandent plutôt à l’Etat de leur octroyer un autre crédit, et dans ce cas, tenir aussi en compte de la taille (nombre des coopérateurs) de la coopérative. La raison ? « Il y’a des coopératives qui ont 2 ou 3 fois plus de membres que les autres, comment peuvent-elles bénéficier d’un même montant ? ».

 Enfin, il y’a aussi ceux qui plaident pour des coopératives qui regroupent des membres de même génération. Jérémie Nsengiyumva, président de la coopérative Sangwe Gahongore de Bubanza, estime qu’il est difficile pour des gens avec un grand écart d’âge et dont les expériences diffèrent énormément de travailler ensemble : « L’exécution des projets devient très difficile. » 

Ce que nous avons constaté… 

Pour le moment, aucune coopérative Sangwe visitée ne s’est réellement développée au point de rembourser le crédit de l’Etat et continuer ses activités. Certaines ont démarré des projets sans études au préalable, et ils sont tous tombés à l’eau. D’autres ont été désorientées et confient que le projet de l’Etat n’a pas été suffisamment expliqué sur les collines. Conséquence: tout le monde n’a pas s adhéré aux coopératives. Certains pensaient (à tort ou à raison) que ces coopératives étaient seulement réservés aux membres du parti au pouvoir, alors que d’autres y ont vu une opportunité de partager de l’argent facile. Déçus, ils ont quitté le navire.

 Parmi la dizaine des coopératives Sangwe visitées, la parité homme-femme est presque de mise, mais on observe peu de jeunes. Ces derniers indiquent avoir été déroutés car, avant les coopératives collinaires, ils avaient été appelés à adhérer aux coopératives communales Sangwe exclusivement réservées aux jeunes, mais que celles-ci n’ont pas été appuyées. Rappelons que le plan de soutenir ces coopératives Sangwe a coûté autour 30 milliards de Fbu, à raison de 10 millions de Fbu de crédits versés à chaque coopérative Sangwe.

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