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Economie

Coopératives collinaires au Burundi : un bilan positif deux ans après

Implantées sur toutes les collines du Burundi pour booster la production, la plupart de ces sociétés coopératives affichent une santé financière correcte. La société civile pointe des défis à relever pour arriver à plus de succès.

Selon un classement opéré par le FONIC (le fonds national d’investissement communal), sur 2911 sociétés coopératives correspondant aux collines que comptent le Burundi, 1807 coopératives, soit 62% sont dans le vert. C’est-à-dire qu’elles ont actuellement un patrimoine de plus de 10 millions chacune après deux ans. 872 sociétés coopératives, soit 29% sont dans le jaune, c’est-à-dire celles qui ont chacune entre 5 et 10 millions de Fbu. Et enfin 232 sociétés coopératives soit 2,96% sont dans le rouge. Celles-ci ont eu du mal à décoller.

Pour Roger Ngabirano, Directeur en charge de la promotion des sociétés coopératives d’appui et d’assistance au sein d’ANACOOP (l’agence nationale de promotion et de régulation des sociétés coopératives), le constat est sans appel : le gouvernement est en passe de réussir son pari de booster la production à travers ces sociétés coopératives.

Gabriel Rufyiri salue l’initiative de l’état de mettre en place des coopératives sur toutes les collines

Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME (Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques), salue l’état d’avancement de la politique du Gouvernement et l’idée de mettre en place ces sociétés coopératives sur toutes les collines : « Au-delà de la production, les coopératives en mode association devraient présenter beaucoup d’avantages à commencer par la consolidation de l’unité nationale car elles rassemblent toutes les couches de la population dans sa diversité, elles éveillent la conscience de travailler ensemble, elles permettent aussi la mise en commun des idées. »

Quelques défis soulignés par la société civile

Toutefois, observe le président de l’OLUCOME, cette politique fait face à beaucoup de défis dont le manque d’adhésion d’une partie de la population : « Dans la plupart des cas, nous avons eu des informations selon lesquelles ces coopératives appartiennent aux seuls membres du parti politique majoritaire. Cela signifie que le caractère rassembleur s’estompe. »

Le second défi, estime M. Rufyiri est le manque d’expérience, de capacité et de technicité chez les membres de ces coopératives pour mener à bon port les projets initiés : « Certains coopérateurs n’avaient jamais géré des sommes énormes et ils ont eu d’un coup 10 millions de Fbu. Rien d’étonnant que certains d’entre eux aient échoué. »

Le 3ème défi, indique le président de l’OLUCOME, est l’absence d’un accompagnement dès le départ : « Ces sociétés coopératives n’ont jamais reçu de formation en gestion et élaboration des projets par des experts. Ce qui a conduit à certains échecs observés actuellement. »

Le dernier défi et non des moindres, signale M. Rufyiri, est l’impunité observée dans les affaires de détournements des fonds alloués : « Cela a été rendu possible par le fait que les coupables appartiennent tous au même parti politique et donc il était difficile aux coopérateurs de dénoncer certains cas. » Et de conclure que si tous ces défis sont relevés, il n’y a aucun doute que cette politique de mise en place des coopératives collinaires, sera couronnée de succès.

Des externalités comme explications de certains échecs

A ces inquiétudes, Roger Ngabirano, Directeur en charge de la promotion des sociétés coopératives d’appui et d’assistance au sein de l’’ANACOOP reconnait qu’il y a eu des erreurs de la part de certains coopérateurs qui n’ont pas su se gérer institutionnellement ou gérer leur patrimoine mais cela a été corrigé au fil du temps : « Nous avons, il y a un mois, mené une descente d’envergure dans tout le pays pour former les organes sur la gestion du patrimoine et institutionnelle des sociétés coopératives. »

Roger Ngabirano: « Il ne faut pas oublier de tenir en compte d’autres facteurs externes qui peuvent influer sur la dynamique de coopératives. »

Et de rappeler qu’il s’agit d’un travail de longue haleine que de faire comprendre aux coopérateurs comment les sociétés coopératives fonctionnent en tant qu’institution qui peut promouvoir le développement communautaire dans leur localité. M. Ngabirano indique également que l’échec des certaines sociétés coopératives est aussi lié à certaines externalités indépendantes de ces sociétés : « Elles ont eu à faire face aux aléas climatiques et des maladies des animaux pour celles qui avaient investi dans le domaine agricole et l’élevage. On ne peut donc pas leur imputer toute la responsabilité. »

Concernant l’expertise qui aurait manqué dès le départ, une source à la FONIC rappelle que ce fonds finance les projets des sociétés des coopératives déposés au niveau communal : « Cela suppose des projets analysés et approuvés par les conseillers techniques communaux comme étant rentables. »

Tout est transparent dixit l’ANACOOP

Bien sûr, souligne Roger Ngabirano, certains projets rencontrent des problèmes et c’est à l’ANACOOP d’aller vers ces sociétés pour parer à ces problèmes à partir des encadrements qu’elle dispense.

A la question des malversations et détournements observés, notre source à la FONIC reconnait ces cas mais confie que les auteurs ont été appréhendés : « Ils sont en train de payer ce qu’ils avaient détourné. »

Concernant la critique qui suggère l’appartenance des coopérateurs au seul parti au pouvoir, le Directeur au sein de l’’ANACOOP la balaie d’un revers de main : « Ce sont des allégations sans fondement. Les conditions d’enregistrement d’une coopérative sont connues : il faut un nombre de dix personnes et plus, un PV et nulle part n’est mentionnée l’appartenance à un tel ou tel autre parti politique.  Tout est transparent. »

Et d’encourager tous ceux qui veulent former ou enregistrer une coopérative de se présenter à l’ANACOOP avec assurance : « Il suffit qu’ils respectent les conditions exigées. » Par ailleurs, conclut-il, la plupart des forces vives de la nation comme les religieux et autres demandent à leurs membres de former les coopératives.

Une coopérative est une personne morale regroupant des personnes ou des sociétés qui ont des besoins économiques, sociaux ou culturels communs. En vue de les satisfaire, elles s’associent pour exploiter une entreprise conformément aux règles d’action coopérative. La coopérative est donc une entreprise privée, à but lucratif, mais qui est de propriété collective avec un mode de gouvernance démocratique. Comme la société par actions, la coopérative est une personne morale distincte de ses membres et la responsabilité de chacun des membres y est limitée à la valeur des parts souscrites. Toutefois, elle se distingue des autres entreprises par sa structure de propriété, sa gouvernance, sa finalité, sa gestion et ses valeurs.

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