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Economie

Sans carburant, pas de poisson, encore moins de taxes communales

Plus de 70 % des pêcheurs de Rumonge, des vendeurs de poisson et de petits restaurateurs au bord du lac sont dans le désarroi, dans un chômage qui ne dit pas son nom. Pour cause, la plupart des bateaux de pêche manquent de carburant. Le prix du fameux ’’mukeke’’ et autre ’’ndagala’’ est inabordable.

Il est 17 heures et demie au centre de pêche de Rumonge. Le soleil se couche et le spectacle est saisissant avec les derniers rayons du soleil qui illuminent les bateaux de pêche amarrés à une trentaine de mètre des rives du lac Tanganyika. Seuls les mouvements de ressac s’observent à cet endroit. 

D’habitude, il grouille de pêcheurs et des pirogues sur le point de lever l’ancre pour prendre le large et rentrer au petit matin bondés de poisson.

Gabriel Butoyi, représentant légal de l’association des pêcheurs au Burundi explique cette situation par la pénurie du carburant: «Cette situation paralyse la pêche et met en danger nos vies. Un bidon de 20 litres qui coûtait 54.000 Fbu, est passé à 125.000 voire 140.000 Fbu alors que 40 litres pour certains et 80 litres pour d’autres sont nécessaires pour la pêche chaque nuit ».

Gabriel Butoyi, représentant légal de l’association des pêcheurs au Burundi: « Nous faisons face à une situation critique »

Cette association, signale-t-il, compte 15.131 pêcheurs dont la majorité d’entre eux (plus de 70 %) ont des famille à nourrir et vivent grâce à la pêche. Sur place, 2 pirogues seulement sont sur le point de partir pour la pêche alors que ce point de pêche compte 300 pirogues.

Juvénal Nsabimana, connu sous le sobriquet de Bayote est chef du comité de pêche à Rumonge. Il ne sait plus où donner de la tête. D’après lui, toutes ses 16 pirogues sont bloquées sur les rives du lac et risquent de se détériorer, faute d’activités: «En plus de cela, je dois payer 10.000 Fbu par nuitée pour les veilleurs qui assurent leur sécurité ».

Pas de carburant, pas même de fretin

Le lendemain à 6 heures et demie, les deux pirogues reviennent mais les pêcheurs semblent désespérés. Et comme le malheur ne vient jamais seul, la prise n’a pas été au rendez-vous. « Nous avons consommé 40 litres d’essence de 220.000 Fbu et nous n’avons eu que ce seau de ’’ndagala’’ à moitié vide, et cela ne peut même pas rapporter 50.000 Fbu », lâchent les pêcheurs, dépités.

Juvénal Nsabimana souligne que le chômage frappe tous ceux ou celles qui ont des activités liées à la pêche: les vendeurs de poisson, les petits restaurateurs installés sur les rives du lac, les porteurs, …

«C’est malheureux de voir un petit tas de ’’ndagala’’ de 2.000Fbu passer à 7.000Fbu, c’est-à-dire que l’assiette suit le mouvement», se désole-t-il.

La Tanzanie ou la RDC à la rescousse

L’administrateur de la commune de Rumonge, Jérémie Bizimana confie qu’au vu des activités qui s’y déroulent, son entité est parmi les communes qui consomment plus de carburant.

« Au mois de mars, quand la pêche était bonne, on a eu les taxes de plus de 1,5 million Fbu par jour et aujourd’hui c’est entre 300 mille ou 400 mille Fbu, c’est la disette dans nos caisses ». Selon lui, la pénurie du carburant bloque les activités et fait perdre à la commune beaucoup d’argent.

Comme solution, les pêcheurs de Rumonge proposent d’aller chercher du carburant dans les pays frontaliers comme la RD Congo ou la Tanzanie. 

A cette question, l’administrateur de la commune de Rumonge retorque qu’une autorisation doit leur être délivrée sinon toute personne qui s’adonnera à cette importation sans cette autorisation sera sanctionnée comme fraudeur : « Ceux qui ramènent le carburant de Bujumbura dans des bidons, sans autorisation, seront également sanctionnés ».

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