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Victime du concubinage, Léa en a fait son cheval de bataille

Pour avoir dénoncé son mari devant la justice malgré les menaces de mort, et opté pour le divorce malgré la pauvreté, Léa Ndagijimana est actuellement un modèle à Mubimbi, dans la lutte contre le concubinage

Elle est très courageuse et très travailleuse. Elle bavarde beaucoup. Mais les mots ne l’empêchent pas de transporter des sacs remplis de terres et sables, à plus de 50 mètres, et à plusieurs reprises. Elle ne se fatigue pas si vite. Dans la foule réunie ce 11 mai devant le bureau communal de Mubimbi pour réaménager la route qui relie les collines Kiziba et Nyankuba en passant par le chef-lieu de la Commune Mubimbi, Léa Ndagijimana a pris les devants, elle anime par des chants  les hommes et les jeunes. « J’ai hâte de revoir cette route une fois bien réaménagée et par ses propres emprunteurs. C’est à nous de le faire », s’excite la dame aux 52 anniversaires.

Elle qui est depuis 2015 chef de sa colline, le travail associatif, l’entraide et la lutte pour la justice aux femmes victimes du concubinage lui ont valu une place considérable dans une société patriarcale. 

Un bonheur qui vient de loin.

1993. La crise n’épargne pas Mubimbi. Léa Ndagijimana, alors mère de 3 enfants, se réfugie dans un endroit loin de son mari. Ce dernier est à Rugazi dans la province Bubanza, tandis que la dame, elle, est restée à Bujumbura rural dans un camp de réfugiés. En 2004, le pays reprend un peu de stabilité et le mari décide de retourner chez lui, mais ne rentre pas seul. Une nouvelle « Eve » à ses côtés.

Léa, au lieu de chanter le retour de son mari, est dans l’amertume. Torturée à mort pour qu’elle parte de son gré, la brave femme résiste et va saisir la justice malgré les tentatives d’assassinat. « J’ai conservé la machette avec laquelle il voulait m’achever. Je n’ai pas eu peur de le traduire en justice, bien qu’on ne me le conseillait pas. Avais-je le choix? », se questionne Léa. Verdict lancé, elle en sort victorieuse, et garde ses enfants.

Mère et père à la fois, elle assume

Des nuits blanches, Léa en a connu plusieurs. « Je pouvais à peine dormir. Trop de pensées sur l’avenir des enfants, moi qui ne pouvais que cultiver. Comment les nourrir, assurer leur éducation tant scolaire que civique, bref assurer le rôle de la mère et du père ? C’était dur », raconte –elle.

Les premières semaines ont été un calvaire, mais elle n’a pas tardé à réveiller le démon de courage et de la persévérance qui est en elle. C’est ainsi qu’elle va tenter de créer de petites associations de femmes pour d’abord cultiver  ensemble, « Ikibiri », puis de petits groupements qui se cotisent pour épargner et se faire mutuellement des crédits. Dans son association « Twiyungunganye », Léa profite pour témoigner son histoire et donner des messages à l’endroit des femmes. « Je leur recommande de ne jamais hausser le ton devant leurs maris, de prendre soin de leur famille, mais également de connaître les droits qui les protègent. »

Jusqu’à lors, une quinzaine de femmes de Mubimbi, ayant subi les affres du concubinage, témoignent de l’aide de la brave Léa Ndagijimana dans la résolution des conflits avec leurs maris.

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