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Même enceinte, elle est toujours aux commandes

De Gihanga en province Bubanza, à une dizaine de kilomètres de la capitale économique Bujumbura, les grossesses rythment avec les travaux champêtres dans les vastes champs rizicoles de la plaine de l’Imbo. L’histoire émouvante de Kiki, la dure à cuire.

Un rappel : d’après les derniers chiffres de l’Isteebu (Institut de Statistiques et d’Etudes Economiques du Burundi­­), plus de 90% des ménages burundais vivent de l’agriculture grâce à une  main d’œuvre agricole laborieuse constituée à 80% par des femmes. En région urbaine, une femme « intellectuelle » en milieu de travail qui vit une grossesse sans complication est admissible à un congé de maternité. Dans le code du travail burundais, cette période de repos est de 3 mois : 49 jours avant l’accouchement, et après, la même période. Pour les femmes qui habitent les régions rurales,  la situation est bien différente. Rares sont les occasions où elles peuvent se  permettre un « repos ». Gihanga ne fait pas exception.

Kiki et sa première grossesse, une histoire bien émouvante

10h 50minutes. Un matin du 25 mai. L’équipe de Jimbere arrive à Gihanga.  Mission : recueillir les histoires, les témoignages, les réalités de la situation de la femme enceinte en milieu rural. Sans surprise, elles sont toutes timides. Des regards fuyants quand le sujet est abordé. Faut-il encore rappeler que la tradition burundaise déconseille à parler aux inconnus, et encore moins aux gens de la « ville ».

A notre grand étonnement, une d’entre elles va délier la langue. A une seule condition : « Je souhaite garder l’anonymat », exige-t-elle. Nous l’appelons alors Kiki. Kiki attend d’un jour à l’autre son quatrième enfant, sept ans après son mariage.

Native de Gihanga, nous rencontrons cette rizicultrice dans un champ à la 10ème avenue, à Mugerero. Orpheline de père depuis le bas âge, elle n’a jamais été à l’école. A 17 ans, elle est mariée. Sa nuit de travail, une année après son mariage, elle ne pipe mot à personne: « J’ai passé toute la nuit en travail. Mon mari était  à Bujumbura pour un boulot  qu’il décroche de temps en temps ».

Ce n’est qu’au petit matin, quand une de ses voisines avec  qui  Kiki  se rend  souvent aux champs passe la prendre, que Kiki est secourue. La voisine  fait  appel à ses beaux-parents vivants à moins de 300m.

« Ce soir, sachez que j’avais passé la journée dans les champs », révèle-t-elle, en riant. Vous dites ? « Ooh, que oui. Ici à Gihanga, pour pouvoir arriver à subvenir aux dépenses de la maison, mari et femme doivent travailler. Souvent, le mari cherche des petits boulots ici et là dans la construction, l’artisanat, etc. Et la femme dans l’agriculture, c’est mon cas, ou un petit commerce pour compléter les revenus de la maison ».

Eduquée toujours à entreprendre

Et d’ajouter : « Dans ces conditions, c’est à la femme de sentir comment évolue sa grossesse. Si elle ne l’empêche pas de vaquer à ses activités, elle ne peut pas rester à la maison pour motif de repos ». Et si le médecin prescrit un repos médical lors des examens de grossesses ? : « Dans ce cas, souvent nous devons nous reposer. Mais des fois, il arrive que  cette injonction ne soit pas respectée en raison des responsabilités de la maison. Les femmes de Gihanga sommes entrepreneuses. Nous ne sommes pas éduquées à rester à la maison à ne rien faire »,  rigolera-t-elle.

Et pour les deux autres grossesses? « Hihihi. Non. Pour les deux autres grossesses, je n’ai pas attendu jusqu’au dernier jour pour prendre du repos. A 6 ou 7 mois de grossesse, j’ai pris un  congé. Celle-ci [la grossesse, Ndlr] est à son cinquième mois. Pour me permettre de me reposer plus de deux mois, je dois faire plus de travail, donc plus de revenus qui vont m’assurer des économies durant  la période de repos. »

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