Jimbere

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Société

Amours et désamours dans les rizières de Mpanda

© Jimbere / La beauté trompeur des rizières

À Murengeza, petit bourg de la commune Mpanda à Bubanza, les familles vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête : la floraison du riz. Marie Goreth a subi de plein fouet la terrible injustice du pouvoir maléfique de l’or blanc…

 Les trois points mouvant dans l’immensité ambrée des gigantesques champs de riz aux plants coupés à ras du sol inquiètent au premier regard. De loin, ces curieux individus ne semblent pas avoir d’âge, ni de genre. Tout ce qu’on remarque, ce sont les longs bâtons qu’ils tiennent en main et qu’ils laissent s’abattre avec hargne sur un monticule d’herbes sèches, comme des marionnettes désincarnées.

Plus près, le monticule se révèle être des plants adultes de riz coupés, entassés ensemble. Les minces arbustes ont perdu de leur superbe à force d’être battus, mais les trois individus, des femmes finalement, ne semblent pas décidées à les laisser en paix. « C’est eux ou nous», lâche la plus âgée des trois dans un rictus de douleur dû au coup rageur qu’elle vient d’assener sur le tas.

Marie Goreth: « Ce riz maudit que je ne saurais détester »

Elle c’est Marie Goreth Hakizimana, une minuscule femme ridée, et ce qu’elle fait avec ses deux amies n’est rien d’autre que ramasser des restes. Le champ appartient à un riche  commerçant, le battage et le vannage ont pris fin depuis longtemps, les trois femmes sont venues à la recherche de miettes qui auraient refusé de se décrocher des panicules de riz. Mais comment en est-elle arrivée là ?

Le charme du riz

Il y a 11 ans Marie Goreth était un joli bout de femme de 24 ans. Avec des rêves, des ambitions, modestes mais réalisables, car ce n’est pas très compliqué, être une commerçante. Puis elle a fait la rencontre de Marc (pseudonyme) et son destin a pris une autre orientation.

Les deux jeunes gens s’étaient déjà vus une ou deux fois, et se saluaient avec courtoisie, rien de plus. Dans la localité de Murengeza de la commune Mpanda à Bubanza, Marc est plutôt connu.  Il est le fils d’un riche propriétaire terrien.

La petite Marie Goreth, originaire de Gitega et vivant dans ces temps chez un oncle dans le même petit bourg, n’aurait jamais pensé être abordé par ce jeune homme pimpant et sentant bon le parfum. Mais ce jour arriva. Le jeune garçon vint déclarer sa flamme à la petite ingénue, et cerise sur le gâteau, avant tous les autres, il lui confia que son père venait de lui céder un champ de riz d’une superficie raisonnable.

À Bubanza, le sérieux d’un jeune homme se jauge sur ses rizières, une garantie si ça tourne mal. « Je n’ai pas eu peur de me donner à lui, car je savais que si je tombais enceinte, il pouvait subvenir à mes besoins et à ceux de mon enfant », confie Marie Goreth, s’appuyant sur son gourdin. Effectivement, la grossesse finit par s’inviter.

Apprenant qu’elle était enceinte de lui, le jeune homme lui proposa de convoler en justes noces. Ce que Marie Goreth  ne pouvait refuser. En 2006, les deux tourtereaux aménageaient ensemble en tant que mari et femme. Leur premier enfant naquit dans un foyer rempli d’amour. Goreth s’occupait de la maison tandis que son mari allait gagner de l’argent, soit dans le commerce de riz, soit dans d’autres occupations. « À ce moment, je ne m’inquiétais pas qu’il rentre souvent tard la nuit, c’est un homme », relativise la mère au foyer.

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