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Culture

Treize ans après, de nouveaux états-généraux de la culture: les attentes

©️Jimbere | Séance d'ouverture des états-généraux de la culture de 2022

Le Burundi a récemment tenu sa grand-messe sur la culture, du 18 au 25 mai 2022. Au delà de la volonté affichée par le Gouvernement pour soutenir le secteur, à quelles actions concrètes peut-on s’attendre ?

La démarche s’est fondée sur un dicton rundi, « ubunyegeri bwinshi ntibwimba« : ce n’est pas le nombre des fourmis qui fait leur efficacité pour creuser. Mais leur organisation, avant tout. Ainsi, une cinquantaine d’acteurs culturels issus de différentes pratiques artistiques se sont d’abord retrouvés du 18 au 20 mai 2022 à Bujumbura, au siège du Ministère en charge de la Culture. Objectif: dresser l’état des lieux de la culture au Burundi, souligner les défis et les opportunités, et proposer des solutions.
La réflexion empruntait cinq axes: les enjeux du cadre réglementaire (comprenant les aspects liés au patrimoine et à la coopération), les arts de la scène (musique, théâtre, arts de la rue…), les arts visuels (cinéma, design, photographie, etc), l’édition et le livre ainsi que les pratiques et les coutumes du Burundi.

Trois jours d’intenses débats, qui ont permis de constituer un document de référence, lequel sera enrichi lors d’une longue plénière à Gitega de plus d’une centaine de participants, le 25 mai 2022.

Le diagnostic souligne le manque de coordination

Claudette Mukamuranga, Directrice de l’OBDA: « Les artistes n’ont jamais été sensibilisés sur la loi régissant l’Office Burundais des Droits d’Auteur, qui manque d’ailleurs des textes d’application »

Si l’on est tombé d’accord que la scène artistique burundaise déploie une multitude d’activités (Umukozo, Marahaba…), leur ampleur et coordination pose encore et toujours problème.
A part le Festicab (au cinéma, 13ème édition en 2022), Isanganiro Award (8ème édition, dans la musique), Buja Sans Tabou (théâtre) et Miss Burundi (mode et beauté), peu de rendez-vous culturels ont tenu face au temps, depuis l’adoption de la Politique culturelle en cours, en 2007.

Ce manque de pérennité dans l’offre culturelle s’explique notamment par de faibles financements de l’art au Burundi (~100 millions Fbu de budget public en 2021), le manque d’infrastructures (à part l’IFB, aucune autre salle de spectacle professionnelle dans tout le pays), la faible valorisation des produits et services artistiques, une mobilité réduite des artistes burundais (sans moyens, ni formation), le tout baignant dans une semi-obscurité médiatique sans panache, ni statistiques.

L’on en vient à un cycle de micro-événements renouvelés chaque année, incapables d’asseoir dans la durée des marques, de propulser à l’international des talents. Une situation qui traduit au fond le peu de sérieux accordée au secteur : n’est-il pas révélateur de constater, par exemple, le quasi-silence du Plan National de Développement sur la culture ?

Fait notable : le texte de 2005 fondant l’Office Burundais des Droits d’Auteur attend toujours sa mise en exécution. « Sans personnel, avec deux fonctionnaires seulement, sans moyens matériels, ni dispositif de contrainte à l’instar de l’OBR, difficile de faire du droit d’auteur un secteur de croissance économique », plaidera Claudette Mukamuranga, Directrice de l’OBDA.

Un fort potentiel

Pourtant, comme le soulignera Aimable Nkunzumwami, Conseiller du Ministre en charge de la Culture, « l’UNESCO nous rappelle que la culture est un moteur de développement. »

Comment donc inverser la tendance, faire des arts des sources de création de richesse et des outils de changement du narratif sur le Burundi? Plusieurs pistes ont été proposées. C’est notamment :

  • La constitution d’un Ministère dédié réellement à la culture, en lui adjoignant le tourisme
  • La mise à jour de la Politique culturelle du Burundi. En urgence, la promotion du kirundi (à noter la proposition d’exiger des médecins et infirmiers au Burundi un certificat de maîtrise de la langue maternelle) ainsi que la formulation d’un véritable lexique dédié à l’art (mot trop sérieux qui ne saurait, en passant, se traduire par le vocable « utugenegene » largement rejeté lors des débats)
  • La révision de la loi régissant l’Ingoma : son inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO lui conférant un caractère non-discriminatoire, il serait donc inapproprié d’en interdire l’usage aux femmes… Par ailleurs, les participants à ces États-Généraux ont plaidé pour l’allégement des redevances d’exploitation du tambour burundais en dehors du pays (500.000Fbu par jour)
  • La mise en place d’une Politique du livre au Burundi, qui mettrait en place des mécanismes de soutien à l’édition, détaxerait l’importation des supports de lecture, renforcerait le statut de l’écrivain et de l’éditeur, tout en soutenant la promotion du kirundi
  • Le lancement d’une politique de financement de la culture, à l’instar des facilités offertes au secteur privé intervenant dans le soutien au football
  • La valorisation de l’OBDA afin que la créativité artistique soit rémunérée
  • Plus d’implication de l’Académie Rundi dans le domaine culturel, dont l’expertise participerait à façonner et verser le lexique autour des arts et de la culture dans le quotidien du Burundais lambda. Ici, l’implication des médias a été fortement soulignée
  • La numérisation des archives nationales et la rénovation du Musée national de Gitega

Une telle rencontre ne pouvait laisser de côté l’éternelle soif de « la préservation » du patrimoine culturel du Burundi, le retour au culte de Kiranga ayant été le point saillant de cette quête.

Ces assises ont finalement été l’occasion d’apprendre le projet gouvernemental d’une Maison de la Culture du Burundi, dont la construction est prévue à Gitega, et qui rassemblera, sur quatre hectares, l’ensemble du patrimoine culturel du pays. « Tout ce qui a été présenté lors de nos États-Généraux sera compilé dans un livre unique, que nous allons présenter à l’État du Burundi, pour une rapide mise en exécution par degré d’urgence », dira en clôture le Ministre Ézéchiel Nibigira.

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