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Abandons scolaire à Bubanza: sans cantines scolaires, le pire est à craindre

Alors que la province affichait des avancées considérables dans l’éducation, les abandons scolaires refont surface, la cause majeure étant l’irrégularité dans l’approvisionnement des vivres pour les cantines scolaires.

40 abandons scolaires, le chiffre que donne Sylvestre Banzubaze, DCE de Musigati, en un seul trimestre. Un record!

Comparativement à l’année scolaire précédente, ce DCE n’en avait enregistré que 3, contre 4 seulement l’an 2020. Il tient à mentionner que sur ces 40 cas d’abandons, 25 élèves sont des Batwa : « Il nous est difficile de les gérer sans cantines scolaires. Celles-ci avaient réussi à les maintenir sur le banc de l’école, mais avec la rupture des vivres, nous craignons même que les abandons puissent augmenter surtout au sein de la communauté Batwa dont les membres vivent majoritairement dans l’extrême pauvreté. »  

Claude Badugarize, Directeur Provincial de l’Education à Bubanza fait savoir que depuis plusieurs semaines les stocks en vivres pour les cantines scolaires sont à sec, aucune graine : « Les élèves n’ont eu droit qu’à 8 repas seulement dans toutes les DCE (directions communales de l’éducation) au premier trimestre. Les stocks se sont ensuite épuisés. Jusqu’à présent, nous n’avons aucune nouvelle.»

Comme conséquences, le garant de l’éducation à Bubanza indique que le plus alarmant est l’accroissement des cas d’abandons scolaire qui se remarquent dans certaines écoles des milieux ruraux, et surtout des enfants Batwa : « Ce phénomène se remarque beaucoup plus à la DCE Musigati. Les enfants Batwa sèchent beaucoup les cours et finissent par arrêter à mi-chemin. Cela dérive de la pauvreté qui fait rage dans cette localité, et les cantines scolaires étaient une solution idéale pour que les élèves puissent rester sur le banc de l’école, le ventre moins réclamant

Pour rappel, dans l’ensemble, la direction provinciale de Bubanza compte 228 écoles fondamentales dont 105 seulement disposent des cantines scolaires. Celles-ci abritent 75.001 élèves sur un total de 149.989 des ECOFO de toute la province Bubanza.      

Ainsi, le DPE fait savoir que la réussite est estimée à 99% dans ces ECOFO à cantines scolaires, tandis qu’elle gravite autour de 65% dans celles qui n’en disposent pas. Cet avantage des cantines scolaires dans certaines écoles suscite un phénomène migratoire des élèves qui, majoritairement, veulent être enrôlés dans ces écoles qui nourrissent le cerveau et le ventre : « Cela crée du désordre des surpeuplements d’un côté, et la désertification des classes de l’autre. »   

  Musigati, la zone sensible

Alexis Misigaro, directeur de l’ECOFO Gahisi qui héberge plus d’élèves Batwa indique que depuis la rupture des stocks, ces enfants s’absentent beaucoup et finissent par abandonner : « Ils ne peuvent pas étudier, réfléchir le ventre vide. » 

Pour Jean Samandari, représentant légal de la coalition Bafashe bige, le programme des cantines scolaires doit être amplement appuyé pour éviter le pire : « L’expérience a démontré noir sur blanc que ce programme est la bonne option pour garder les élèves sur les bancs de classes. La réussite était en hausse, les élèves qui terminent l’école se sont accrus, et les abandons scolaires avaient sensiblement diminué sans oublier la bonne santé pour les enfants dont les ménages sont frappés par l’extrême pauvreté. »

Selon Samandari, le Gouvernement devrait même penser à l’extension des cantines scolaires vu qu’elles ne touchent que 550.000 élèves soit 23%, sur 2.400.000 qui sont dans le besoin, et cela dans 7 provinces seulement.  

Une grande préoccupation gouvernementale

Contacté, Liboire Bigirimana, directeur national des cantines scolaires et porte-parole du Ministère ayant l’éducation dans ses attributions indique que l’organisation qui avait le marché de fournir le PAM en grain de maïs avait fourni des grains ayant un taux d’humidité élevé et contenant de l’aflatoxine, matière nuisible à la santé. Bien plus, révèle-t-il, il y a eu une mésentente autour des prix d’achat entre le PAM et les coopératives gagnantes des marchés pour fournir les grains de maïs : « Le PAM a alors procédé au processus de relance du marché. Cela peut prendre du temps, mais la situation sera d’ici peu recadrée. Nous invitons alors les directeurs provinciaux, les directeurs d’écoles, les enseignants et les parents, de tranquilliser les enfants en leur montrant l’intérêt de rester sur le banc de l’école malgré les défis. »  Et de glisser qu’une réunion d’urgence entre son Ministère et le PAM est prévue d’ici peu pour trouver une issue rapide à cette problématique.    

                                                                   

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