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2005-2022 : que retenir du système éducatif burundais ?

Gratuité scolaire, construction des écoles, introduction de l’école fondamentale… telles sont les grandes réformes qui ont marqué le secteur éducatif burundais durant ces presque deux dernières décennies. Néanmoins, des défis tels que les abandons scolaires, les effectifs pléthoriques dans les classes, le manque d’enseignants et de matériels didactiques…demeurent des obstacles pour la bonne marche de l’enseignement au Burundi. Retour sur les avancées et les défis majeurs du système éducatif durant ces 17 dernières années.

Rendre l’école primaire gratuite. C’est la première mesure prise par Feu le Président Pierre Nkurunziza lors de son investiture en 2005. Face à des effectifs élevés des enfants déscolarisés, cette décision est venue comme une des solutions palliatives. En effet, avant son lancement, l’enseignement public compte à l’époque environ 1.473.893 enfants selon l’annuaire statistique scolaire du ministère l’Education (2018-2019). 13 ans après, le nombre d’élèves avait presque triplé. Lors de l’ouverture solennelle de l’année scolaire 2019/2020, Janvière Ndirahisha, Ministre de l’Education d’alors, annonce un chiffre record de 3.263.139 enfants inscrits.

Un grand nombre d’élèves implique la multiplication des salles de classe. Pour cela, le gouvernement du Burundi, parallèlement à la gratuité scolaire, entreprend la construction des écoles dans tout le pays. A travers les travaux communautaires, il encourage la population à construire des salles de classes en leur fournissant le ciment et les tôles. Cette initiative permettra le retour à l’école des enfants vivant dans les milieux défavorisés tout en limitant leur distance à parcourir pour y arriver. L’éloignement des écoles étant l’une des causes des abandons scolaires. A propos, selon le ministère de l’Education, 216.599 écoliers ont quitté le banc de l’école au cours de l’année scolaire 2020/2021. « Les frais scolaires incontrôlés, qui sont exigés aux enfants de l’école fondamentale, malgré la gratuite annoncée pour les enfants de ce niveau d’enseignements, la limitation des effectifs d’élèves ayant l’accès à l’internat accentuent ce phénomène d’abandons », a indiqué Antoine Manuma, président du syndicat des enseignants FNASSEB.  Ajouter à cela, la pauvreté des ménages et les grossesses précoces.

Le redéploiement et son lot de problèmes

Face à l’insuffisance des enseignants, le gouvernement décidera de faire un redéploiement. Au total, 4.895 enseignants seront redéployés sur tout le territoire national. Ceci a été fait dans l’optique de permettre aux 18 provinces du pays de bénéficier, de manière équitable, d’un enseignement de qualité. De nombreux établissements scolaires seront pourvus de nouveaux enseignants plus expérimentés. Une initiative louable mais qui suscitera des remous au sein du corps enseignant. Certains enseignants vont se retrouver loin de leur domicile. Leurs conditions de vie et de travail devenant ainsi plus pénible. https://jimbere.org/redeploiement-solution-problemes-burundi-conapes/

A.N est l’un d’eux. Il raconte son calvaire : « Il m’est difficile de rejoindre les deux bouts du mois. Je suis obligé de prendre une moto presque tous les jours pour se rendre au service. Ça me coute environ 10.000 Fbu/jour. Imaginez-vous avec le salaire que gagne un enseignant, comment pourra-t-il s’en sortir ? » Et d’ajouter : « Souvent, j’essaie de m’endetter pour subvenir à mes besoins et ceux de ma famille. Je suis parfois tiraillé par nombreuses charges au point de reléguer au second plan mon devoir d’enseignant ». Cette situation est partagée par beaucoup d’autres de ses collègues redéployés.  Le pire est qu’aucune indemnité d’éloignement n’a été prévue comme c’est le cas sous d’autres cieux. Abondant dans le même sens, Jean Samandari de la coalition Bafashe Bige trouve que le processus de redéploiement a engendré d’autres ennuis. « Loin de sa famille, un redéployé ne travaille pas convenablement. Il vit un stress financier permanent car son maigre salaire est divisé par deux », affirme-t-il

Peu après, le gouvernement a recruté des enseignants au niveau communal alors qu’il venait d’opérer un redéploiement d’autres enseignants loin de leurs familles. Une décision décriée par le syndicat des enseignants FNASSEB. « Notre appel n’a pas été entendu et pourtant les places   vacantes suite aux décès ou les départs en retraite, sont occupés par les nouveaux venues par mutation ou par recrutement. C’est un paradoxe et c’est même injuste car il était convenu que les enseignants redéployés regagneront progressivement les écoles d’origine en fonction de la disponibilité des places. Nous demandons que les engagements pris par le ministère de tutelle soient respectés pour que les enseignants puissent quand même en peu   souffler. », fait savoir Antoine Manuma, président de ce syndicat.

Des réformes instaurées sans analyse préalable

Durant ces 17 dernières années, le gouvernement du Burundi a opéré des réformes au sein du système éducatif burundais. L’école fondamentale a fait son apparition. Elle a remplacé l’enseignement primaire passant de 6 ans à 9 ans. Depuis 2013, l’enseignement fondamental comprend donc quatre cycles dont le premier est constitué par les deux premières années, les 3e et 4e années constituant le second cycle, le 3e cycle étant fait des 5e et 6e années et enfin le 4e cycle qui est constitué des 7e, 8e et 9e années. Pour cette dernière, le ministère de l’Education prévoit chaque année un concours national pour les élèves afin d’accéder au cycle suivant. C’est-à-dire le cycle post-fondamental qui s’étend sur 3 années. Ceux qui ne le réussissent pas n’ont qu’un seul choix : fréquenter les centres d’enseignements des métiers. Mais jusqu’aujourd’hui, cette filière peine à imprimer ses marques. Elle souffre de graves problèmes liés au manque d’infrastructures et de formateurs qualifiés.  Lors des états généraux de l’éducation du 14 au 16 Juin 2022 à Bujumbura, le Directeur général de l’enseignement technique, de la formation professionnelle et aux métiers Nestor Niyonzima (https://www.voixdelenseignantconapes.org/burundi-education-la-formation-professionnelle-et-aux-metiers-nest-pas-developpee/ )  a indiqué qu’il y’a l’inadéquation persistante entre les compétences et les besoins du marché du travail due à l’absence d’une politique appropriée de développement de l’enseignement et de la formation technique et professionnel.

Le syndicaliste Antoine Manuma n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, ces réformes ont été enclenchées sans analyse préalable des atouts et des faiblesses des réformes précédentes : « Des retombées négatives ont été enregistrées entre autres les programmes non adaptés et aux enseignants et aux élèves. La réussite n’est pas satisfaisante.  La stratégie d’enseignement reste difficile à appliquer parce qu’elle n’est pas bien adaptée ou exige certains paramètres comme la maitrise de la langue d’enseignement et les effectifs réduits. »

Quid du système BMD ?

La reforme Baccalauréat-Master-Doctorat (BMD) a été intégrée dans le système éducatif burundais depuis l’année académique 2011-2012 dans le but de mettre en place un système d’enseignement comparable aux autres systèmes dans la région et dans le monde. Conséquemment, pour obtenir la licence aujourd’hui, il suffit de faire 3 ans à l’université, ce qui correspond au baccalauréat et 2 ans pour obtenir le master ainsi que 3 ans pour le doctorat. S’exprimant sur ses différentes réformes au cours des états généraux du 14 au 16 juin 2022, deux universitaires André Nduwimana et Joseph Ndayisaba, ont indiqué que ces dernières ont un faible impact de la formation sur l’employabilité des jeunes. Pour eux, les programmes dispensés semblent trop théoriques et ne répondent pas adéquatement aux besoins socio-économiques actuels de la société. Et d’ajouter : « Les enseignants ne sont pas suffisamment préparés pour la mise en œuvre des réformes dans leurs objectifs. La formation continue des enseignants n’est pas systématique et peu adhésion à la réforme est observable dans pas mal d’écoles. » (https://www.voixdelenseignantconapes.org/burundi-education-lorganisation-des-curricula-face-a-lemployabilite-des-laureats-du-systeme-educatif-burundais/ )

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